AccueilActualitéPolitiqueCorneille Nangaa dénonce le sabotage congolais du processus de Doha

Corneille Nangaa dénonce le sabotage congolais du processus de Doha

Dans une déclaration qui fait froid dans le dos, Corneille Nangaa, le coordonnateur politique de l’AFC/M23, a une nouvelle fois pointé du doigt le gouvernement de la République démocratique du Congo, l’accusant d’être le principal obstacle à la mise en œuvre des engagements pris dans le cadre du processus de Doha RDC. Selon l’ancien président de la CENI, les autorités de Kinshasa auraient « odieusement trahi » la confiance établie, transformant un espoir de paix en un champ de bataille diplomatique et militaire.

Nangaa rappelle que, tout au long de l’année 2025, son mouvement a opté pour la voie du dialogue, une décision qu’il qualifie de responsable mais coûteuse. Cette approche a conduit à la signature de plusieurs actes, dont un communiqué conjoint en avril, une Déclaration de principes en juillet, et divers mécanismes concernant la libération des prisonniers et la surveillance du cessez-le-feu. « Mais cet espoir a été odieusement trahi. Très vite, le régime de Kinshasa s’est illustré par le non-respect des engagements pris, et encore moins de la parole donnée. Un régime fondé sur les mensonges et les fausses promesses », a-t-il lancé, dans une charge violente contre l’exécutif congolais.

Les violations cessez-le-feu Est-RDC sont, selon lui, systématiques et méthodiques. « Le cessez-le-feu est méthodiquement saboté, transformant progressivement une trêve fragile en une guerre ouverte et généralisée qui nous est imposée », a-t-il ajouté. Cette accusation grave intervient dans un contexte où les combats ont repris de plus belle, notamment dans la province du Sud-Kivu, où les forces de l’AFC/M23, appuyées par le Rwanda, ont pris le contrôle de la ville d’Uvira avant de se retirer sous la pression internationale.

Le processus de Doha RDC, censé compléter les accords de Washington en abordant les racines du conflit, semble ainsi être dans l’impasse. Alors que le processus de Washington, facilité par l’administration Trump, a enregistré une avancée formelle avec l’aval des présidents Tshisekedi et Kagame, les discussions à Doha peinent à produire des résultats tangibles. Les mesures convenues, notamment la restauration de l’autorité de l’État et la réintégration des groupes armés, restent lettre morte. Comment expliquer ce blocage persistant ? Est-ce une stratégie délibérée de Kinshasa pour gagner du temps, ou une incapacité structurelle à honorer ses engagements ?

La prise d’Uvira, au cœur du conflit Sud-Kivu Uvira, a servi de révélateur cruel de cette stagnation. L’offensive de l’AFC/M23 a provoqué un tollé international, avec des condamnations vives, notamment des États-Unis, contre le Rwanda, accusé de soutenir la rébellion. Le retrait annoncé par l’AFC/M23 d’Uvira, présenté comme un geste de bonne volonté pour relancer les pourparlers, n’a pas suffi à apaiser les tensions. Au contraire, il expose la fragilité des mécanismes de paix et la profonde méfiance entre les parties.

Corneille Nangaa, figure controversée mais centrale dans ce dossier, place donc Kinshasa devant ses responsabilités. En accusant le gouvernement de saboter le cessez-le-feu et de ne pas libérer les prisonniers, il met en lumière un déficit criant de volonté politique. Le président Tshisekedi joue-t-il un double jeu, entre les pressions internationales et les réalités du terrain ? Ou bien, face à une rébellion soutenue par un voisin puissant, les options de Kinshasa sont-elles limitées ?

Les prochains jours seront décisifs. La communauté internationale, qui a condamné la prise d’Uvira, attend des actes concrets. Le processus de Doha, s’il n’est pas relancé rapidement, risque de sombrer définitivement, entraînant la région dans une escalade de violence. L’AFC/M23, sous la direction de Corneille Nangaa, a montré qu’elle pouvait frapper fort militairement, mais aussi faire marche arrière sous la pression. Reste à savoir si Kinshasa saura saisir cette opportunité pour renouer avec la parole donnée, ou si, comme le dénonce Nangaa, le régime préfère les mensonges aux actes.

Dans ce jeu d’échecs politique, chaque mouvement est scruté. La balle est désormais dans le camp congolais. Acceptera-t-il de jouer le jeu de la paix, ou persistera-t-il dans une stratégie de pourrissement qui ne fait qu’alimenter le cycle infernal de la guerre ? L’Est de la RDC, meurtri par des décennies de conflits, mérite mieux que des promesses non tenues et des cessez-le-feu violés. Il est temps que les dirigeants, à Kinshasa comme dans les rangs de l’AFC/M23, passent des mots aux actes, avant que la situation n’échappe à tout contrôle.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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