C’est un nouveau chapitre du feuilleton constitutionnel que vient d’ouvrir Augustin Kabuya. Dimanche, le secrétaire général de l’UDPS a réitéré, face à ses troupes, la détermination du parti au pouvoir à modifier en profondeur la Constitution du 18 février 2006. Une annonce qui, loin d’apaiser les tensions, a immédiatement ravivé le bras de fer avec une opposition vent debout contre toute révision du texte fondamental.
La scène se déroule à Kinshasa, lors d’un rassemblement des combattants du parti présidentiel. Avec une rhétorique martiale, Augustin Kabuya a balayé les obstacles : « Aucune force de l’opposition ne pourra empêcher l’UDPS de concrétiser son projet de réforme constitutionnelle », a-t-il lancé. Ce qui frappe, c’est moins l’annonce de cette vieille ambition que la justification historique désormais mise en avant.
Car, détail déterminant, l’inspiration ne viendrait pas d’Amérique ou d’ailleurs, mais d’un texte vieux de trente-quatre ans : la Constitution élaborée en 1992 lors de la Conférence nationale souveraine (CNS). « Nous devons reprendre la Constitution de 1992, rédigée sans pression par tous les Congolais lors de la Conférence nationale souveraine. Les travaux étaient dirigés par le cardinal Laurent Monsengwo. Nous allons adapter cette Constitution à nos réalités », a déclaré Augustin Kabuya, avant d’ajouter à l’adresse du président Félix Tshisekedi : « Soyez sans crainte, nous sommes derrière vous. »
Ce renvoi à la CNS n’a rien d’anodin. Il s’agit de convoquer les mânes d’un moment fondateur de la démocratie congolaise, celui d’un dialogue national rêvé comme inclusif et porteur de légitimité. En endossant ce manteau historique, l’UDPS tente de désamorcer les accusations d’autoritarisme. Comme si exhumer le texte de 1992 pouvait offrir un brevet de « congolité » à une refonte constitutionnelle que nombre d’analystes considèrent comme un simple ajustement du pouvoir.
Pourtant, cette stratégie soulève plus de questions qu’elle n’en résout. Pourquoi, alors que le pays est confronté à des défis sécuritaires, économiques et sociaux immenses, la modification constitutionnelle redevient-elle la priorité affichée du parti au pouvoir ? L’opposition ne s’y est pas trompée : plusieurs formations ont immédiatement dénoncé une manœuvre pour faire sauter les verrous limitant le nombre de mandats présidentiels. La Constitution de 2006, adoptée par référendum, reste pour eux un rempart sacré. « Toucher à la Constitution, c’est toucher à la République », pourrait résumer leur credo.
À cette charge, Augustin Kabuya répond par une certaine ironie historique. « La Constitution de 2006 a été imposée sous pression de la communauté internationale, alors que celle de 1992 est un pur produit du génie congolais. Il est temps de nous réapproprier notre destin », laisse-t-il entendre. Un argument qui fait mouche dans une partie de la population, lassée des ingérences extérieures. Mais suffira-t-il à légitimer une révision sans doute souhaitée au sommet de l’État ?
L’opposition, justement, a déjà annoncé la contre-offensive. Une conférence de presse commune est prévue ce mardi 19 mai pour dévoiler une feuille de route visant à faire obstacle à ce qu’elle qualifie de « hold-up constitutionnel ». À la mobilisation parlementaire, elle entend ajouter la pression de la rue, dans un contexte social déjà électrique. L’affrontement politique prend ainsi des allures de partie d’échecs, chaque camp posant ses pièces maîtresses.
Reste que ce bras de fer autour de la réforme constitutionnelle pourrait peser lourd sur le climat général du pays. En ressuscitant le spectre de la CNS, l’UDPS active une mémoire collective qui dépasse les clivages. Le président Félix Tshisekedi, fils de l’un des pères de la Conférence nationale, sait que le symbole est à double tranchant : il peut galvaniser ses partisans mais aussi réveiller les fantômes d’une transition inachevée.
L’équation est donc complexe. D’un côté, une majorité déterminée à changer la loi fondamentale pour, dit-elle, l’adapter aux réalités congolaises ; de l’autre, une opposition rassemblée autour de la défense d’un texte qui garantit l’alternance démocratique. Entre les deux, un peuple qui observe, souvent désabusé, ce qui ressemble fort à une nouvelle séquence de tensions politiciennes. La question est désormais de savoir si ce projet de modification constitution RDC permettra de renforcer l’unité nationale ou s’il ne fera qu’aggraver les fractures. Une chose est sûre : l’année politique qui s’ouvre s’annonce sous le signe de ces luttes constitutionnelles.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net
