L’étau se resserre dangereusement autour de Basile Muleba, président de l’Assemblée provinciale du Haut-Lomami. Dix élus provinciaux, mus par une fronde inattendue, ont déposé le 14 mai une motion de censure qui pourrait bien redessiner l’équilibre politique de cette province du sud-est de la République démocratique du Congo. Une déflagration qui, au-delà de la simple querelle de personnes, interroge la gouvernance interne de l’organe délibérant régional.
Les griefs articulés contre le bureau de l’Assemblée provinciale Haut-Lomami sont aussi précis que sévères. Il lui est d’abord reproché une incapacité chronique à organiser les plénières depuis la reprise des travaux parlementaires. Ce qui, pour des députés provinciaux RDC avides de contrôler l’action de l’exécutif, confine à un sabotage institutionnel. S’y ajoute une accusation de gestion unilatérale : Basile Muleba serait coutumier de décisions prises en dehors de toute délibération collégiale, en violation flagrante du règlement intérieur.
Mais c’est le volet financier qui jette le trouble. Des cas de détournement de fonds sont évoqués, avec un dossier déjà transmis à la Cour de cassation. Cette mention judiciaire transforme la simple motion politique en une crise multidimensionnelle, mêlant légitimité, probité et avenir pénal du premier responsable de l’Assemblée. « Nous constatons un bureau devenu totalement incompétent, qui bafoue les règles et sur lequel pèsent des soupçons graves », a lâché l’un des motionnaires, Idriss Senga Yolo, dans une déclaration qui en dit long sur l’exaspération ambiante.
Face à cette offensive, le camp Muleba ne cède pas à la panique. Le rapporteur Senghor Kabondo Sengwa, figure clé du bureau, affiche une sérénité qui se veut rassurante. « Nous avons toujours travaillé dans un esprit de collaboration avec les élus et le personnel. Peut-être que la rigueur de notre gestion a été mal perçue. Mais nous attendons la plénière avec confiance, pour exposer nos arguments et nous défendre conformément à la loi », a-t-il déclaré.
Derrière cette assurance de façade, une question taraude les observateurs : la motion de censure Haut-Lomami est-elle un baroud d’honneur de députés marginalisés ou le catalyseur d’une recomposition profonde des équilibres politiques provinciaux ? Avec dix signataires, le texte ne garantit pas encore une majorité. Mais dans les assemblées provinciales congolaises, les retournements d’alliances sont légion. Chaque élu peut, jusqu’à la dernière minute, basculer dans le camp des motionnaires, transformant un simple coup de semonce en véritable mise à mort politique.
Le contexte ne plaide guère pour le statu quo. L’affaire de détournement de fonds, si elle est confirmée par la haute juridiction, placerait Basile Muleba au cœur d’un scandale comparable à ceux qui ont ébranlé d’autres provinces. La RDC, déjà minée par les crises de gouvernance, ne peut se permettre de voir ses institutions régionales gangrenées par des pratiques opaques. Ici, le Haut-Lomami devient soudain le laboratoire d’une exigence redoublée de transparence, portée par les députés provinciaux eux-mêmes, théoriquement garants de l’équilibre des pouvoirs.
La plénière annoncée s’annonce donc comme un rendez-vous crucial. Assistera-t-on à un réquisitoire en règle ou à un baroud d’honneur vite étouffé ? Pour Basile Muleba, l’enjeu dépasse la simple conservation d’un poste. Il s’agit de préserver un capital politique patiemment construit. Un rejet de la motion lui offrirait un sursis et peut-être la légitimité de verrouiller davantage l’institution. Mais une adoption, même par une courte majorité, le précipiterait dans les oubliettes de l’histoire parlementaire, avec pour épilogue le spectre d’une destitution lourde de conséquences.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
