Ce vendredi 15 mai, l’Assemblée nationale a donné une impulsion inattendue à la modernisation de la recherche scientifique en République démocratique du Congo. Sans la moindre voix discordante, les députés ont déclaré recevable la proposition de loi portant principes fondamentaux relatifs à la recherche scientifique et technologique, un texte porté par la députée nationale Dorothée Madiya Mwamba (AREP), élue du Mont-Amba. Une unanimité qui, à elle seule, interroge : s’agit-il d’un sursaut collectif face à l’obsolescence législative ou d’une stratégie politique bien orchestrée ?
L’initiative vise à remplacer une loi datant de 1982, un monument juridique qui, selon sa promotrice, ne répond plus aux réalités d’un monde où la science et l’innovation technologique sont les nerfs de la compétitivité. « Les résultats de recherche ne sont plus seulement à publier : ils doivent être protégés, maturés, valorisés, introduits dans le circuit économique et industrialisés », a martelé Dorothée Madiya devant l’hémicycle. Une déclaration qui résonne comme un manifeste pour sortir la recherche congolaise de son statut de parent pauvre des politiques publiques.
Dans le détail, la proposition de loi Madiya dessine un écosystème nouveau. Elle prévoit de renforcer les ponts entre universités, centres de recherche et secteur privé, d’encourager les incubateurs et de créer des mécanismes de financement pérennes pour les projets innovants. Autant de mesures qui, si elles étaient véritablement mises en œuvre, pourraient faire de la RDC un hub d’innovation technologique au Congo. Mais le chemin entre l’intention législative et la concrétisation est pavé d’embûches budgétaires, dans un pays où le budget de la recherche est famélique et où les laboratoires manquent de tout.
Le texte de la députée Madiya met également l’accent sur la protection et la valorisation des résultats de recherche. Une rupture avec une pratique qui s’est longtemps contentée de publications académiques sans impact économique. L’élue appelle à industrialiser le savoir, à le faire entrer de force dans l’économie réelle. Une ambition qui fait écho aux discours officiels sur la souveraineté économique, mais qui exigera une transformation culturelle profonde au sein même des institutions scientifiques congolaises, souvent plus tournées vers la théorie que vers l’application.
L’un des volets les plus novateurs de cette loi recherche scientifique RDC est sa volonté de rapprocher la science de la société. Vulgarisation, accès libre aux données, publications ouvertes, organisation de forums et journées scientifiques : Dorothée Madiya propose une véritable démocratisation du savoir. Une approche qui pourrait, si elle est financée, sortir la recherche de sa tour d’ivoire et la transformer en outil de développement communautaire. Mais sans budgets conséquents, ces forums ne seront que des parlotes supplémentaires dans un paysage institutionnel déjà saturé.
Le vote unanime de l’Assemblée nationale RDC sur ce texte interpelle. Dans un climat parlementaire souvent fragmenté, une telle unanimité est rare. Est-elle le signe d’un consensus sincère sur l’urgence de moderniser la recherche en RDC, ou un simple vote de courtoisie avant des débats de fond plus houleux ? La proposition de loi doit encore franchir l’étape de l’examen en commission, puis du vote final. Les lobbies et les résistances administratives pourraient se réveiller lorsqu’il s’agira de toucher à la sacro-sainte répartition des budgets.
Dorothée Madiya, figure montante de la scène politique, sait que son texte est un pari. Un pari sur la capacité de la RDC à prendre le train de la quatrième révolution industrielle. Un pari sur la volonté des élites à investir dans l’immatériel. « La science n’est pas un luxe, c’est une condition de notre survie dans un monde globalisé », semble-t-elle dire. Pourtant, combien de lois ambitieuses ont déjà été adoptées avant de moisir dans les tiroirs de l’administration congolaise ? La modernisation de la recherche RDC ne se décrète pas, elle se construit sur le long terme, avec des moyens techniques, humains et financiers stables.
Alors que la proposition de loi entame son parcours législatif, une question persiste : la volonté politique affichée ce 15 mai résistera-t-elle à l’épreuve des arbitrages budgétaires et des jeux de pouvoir ? Si elle aboutit, ce texte pourrait doter la RDC d’un cadre légal enfin adapté aux enjeux du XXIe siècle. Sinon, il rejoindra le cimetière des lois orphelines, celles qui fêtèrent une recevabilité en séance plénière avant de sombrer dans l’oubli. L’avenir de l’innovation technologique au Congo se joue peut-être dans les prochaines semaines.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
