Le corridor économique du Haut-Katanga est à l’arrêt. Depuis plusieurs jours, la route Kasumbalesa, cette artère vitale qui irrigue les échanges entre la République démocratique du Congo et la Zambie, connaît une paralysie d’une ampleur rare. Plus de 250 camions, véritable colonne vertébrale du transport régional, sont bloqués, formant une interminable file d’attente sur plusieurs kilomètres. En cause : le déploiement d’un scanner obligatoire, assorti d’une taxe de 100 dollars américains par véhicule, imposé par les autorités provinciales. Une décision qui soulève l’indignation des transporteurs et ravive le spectre des crises passées sur ce même axe stratégique.
Le dispositif est simple en apparence, mais lourd de conséquences. Chaque camion, qu’il transporte des minerais, des vivres ou des marchandises diverses, doit passer par ce scanner à la frontière ou à un point de contrôle avancé. Pour cela, le conducteur doit s’acquitter d’un montant de 100 dollars. Une ponction qui, multipliée par des centaines de passages quotidiens, freine brutalement le rythme des expéditions. Combien de temps une économie déjà fragile peut-elle supporter un tel coup de frein ? C’est la question que se posent les opérateurs économiques, confrontés à des files d’attente qui s’étirent sans fin.
Les témoignages recueillis sur place sont unanimes. « Nous passons plusieurs jours ici sans avancer. Les marchandises risquent de se détériorer et les pertes deviennent énormes », confie un chauffeur bloqué. L’image est saisissante : des camions immobilisés sous un soleil de plomb, des moteurs coupés, des cargaisons à l’abandon. Cette paralysie ne touche pas que les transporteurs ; elle entrave l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement qui nourrit les mines du Katanga et les marchés de la région.
Ce n’est pas la première fois que la route Kasumbalesa devient un goulot d’étranglement. L’année dernière déjà, une crise similaire avait éclaté au poste de péage de Kanyaka, où de nouvelles taxes avaient provoqué d’interminables embouteillages. Aujourd’hui, la donne est différente, mais le résultat est le même : un trafic bloqué, des camions immobilisés, une activité économique asphyxiée. La récurrence de ces tensions interpelle. Peut-on vraiment concilier la volonté louable de renforcer les contrôles et la nécessité de fluidifier un corridor vital ? Le Haut-Katanga, poumon minier du pays, a besoin d’un souffle régulier, pas de quinte de toux administrative.
Les conséquences économiques pourraient être redoutables. Chaque heure d’immobilisation représente une perte sèche pour les transporteurs, mais aussi pour les entreprises minières qui attendent des intrants, et pour les commerçants dont les marchandises périssables se dégradent. Déjà, des voix s’élèvent pour alerter sur une probable hausse des coûts de transport, répercutée à terme sur les prix des produits de première nécessité. Le spectre d’une inflation importée par la lenteur administrative plane sur Lubumbashi et ses environs.
Les autorités provinciales, elles, défendent ce scanner comme un outil de modernisation et de sécurisation des recettes. Mais à quel prix ? « Vouloir contrôler est légitime, mais pas au point de scier la branche sur laquelle on est assis », commente un expert économique sous couvert d’anonymat. Le risque est en effet de détourner les flux commerciaux vers des itinéraires alternatifs, moins rentables pour le pays, ou de décourager les investisseurs qui voient dans ces tracasseries un signal négatif.
En attendant, les chauffeurs restent bloqués, sans aire de repos digne de ce nom, sans services de base, dans une attente qui use les nerfs et les moteurs. La route Kasumbalesa, jadis fierté des échanges transfrontaliers, ressemble aujourd’hui à une artère bouchée, menaçant l’ensemble du système économique du Haut-Katanga. La pression monte, et l’histoire semble se répéter, comme si aucune leçon n’avait été tirée de la crise de 2025. Jusqu’à quand laissera-t-on un simple scanner dicter le rythme de toute une région ?
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
