Dans l’arène politique du Haut-Lomami, l’Assemblée provinciale est secouée par une motion de censure qui, au-delà de son caractère procédural, dessine un véritable séisme institutionnel. Dix députés provinciaux du Haut-Lomami ont officiellement déposé, jeudi 14 mai, une motion de censure contre le bureau de l’organe délibérant, pointant du doigt son président, Basile Muleba. Une manœuvre qui, si elle aboutit, pourrait redessiner les rapports de force au sein de cette chambre provinciale déjà gangrenée par les intrigues.
Les griefs articulés par les motionnaires, dont Idriss Senga Yolo s’est fait le porte-voix, sont lourds. Incompétence chronique, violation répétée du règlement intérieur, et surtout, des soupçons de détournement de fonds, avec l’évocation d’un dossier pendant devant la Cour de cassation. « À plusieurs reprises, il a violé le règlement intérieur. En plus de cela, il y a eu des cas de détournement, dont le dossier est déjà pendant devant la Cour de cassation », a dénoncé le député, ajoutant que depuis leur retour, le bureau « est devenu totalement incompétent, au point de ne pas être en mesure d’organiser les plénières ». L’accusation n’est pas mince : elle traduit une paralysie de la fonction législative provinciale, déjà mise à mal par des mois de turbulences.
Visé directement, Basile Muleba se voit reprocher un exercice solitaire du pouvoir, se substituant à la plénière dans des décisions unilatérales. Un style qualifié d’autocratique par ses détracteurs, qui y perçoivent une dérive dangereuse pour la démocratie locale. Comment ne pas y voir l’écho, à l’échelle provinciale, des jeux d’équilibristes qui agitent la scène nationale ? La motion de censure Haut-Lomami agit comme un miroir grossissant des fractures qui traversent les institutions régionales.
Face à cette charge explosive, le bureau se veut serein. Le rapporteur de l’Assemblée provinciale Haut-Lomami, Senghor Kabondo Sengwa, a opposé un calme olympien aux accusations. « Nous pensons avoir bien collaboré avec les députés concernés, mais il est possible que la rigueur dans l’exercice de nos fonctions soit interprétée différemment. Nous le saurons lors de la plénière. Le bureau est serein et attend de pouvoir s’exprimer afin que chacun présente ses moyens de défense conformément à la loi », a-t-il déclaré. Une posture qui se veut rassurante, mais qui pourrait aussi travestir un embarras profond. La sérénité affichée est-elle une armure ou une fuite en avant ?
La motion de censure au Haut-Lomami ne se limite pas à un simple désaveu personnel. Elle révèle une crise de gouvernance plus profonde, où la confiance entre les élus et leur bureau s’est effritée. Les députés provinciaux Haut-Lomami, en initiant cette procédure, brandissent un outil constitutionnel lourd de conséquences : la censure, si elle est votée, entraînerait la démission collective du bureau. Un scénario qui ouvrirait la voie à de nouvelles élections internes, rebattant les cartes des alliances au sein de l’hémicycle provincial.
L’ombre de la justice plane également. La mention d’un dossier de détournement devant la Cour de cassation confère à cette affaire une dimension pénale qui dépasse le cadre politique. Si des malversations sont avérées, la responsabilité du président de l’Assemblée provinciale, Basile Muleba, pourrait être engagée sur un terrain bien plus dangereux. En attendant, la plénière promise sera un moment de vérité : le bureau Assemblée provinciale censure devra y présenter une défense solide, faute de quoi le discrédit sera total.
Ce bras de fer met en exergue les failles d’un système où les contre-pouvoirs peinent à s’exercer. Les motionnaires, minoritaires à ce stade, espèrent sans doute rallier des indécis lors du débat. Le sort de Basile Muleba se joue sur un fil : sa capacité à convaincre de sa bonne foi déterminera l’issue d’une crise qui, au-delà des personnes, interroge la vitalité démocratique dans la province du Haut-Lomami. Une chose est sûre : le temps des arrangements feutrés est révolu.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
