Dimanche 17 mai, dès les premières lueurs du jour, les postes frontaliers reliant Goma, en République démocratique du Congo, à la ville rwandaise de Gisenyi ont été hermétiquement fermés. La fermeture frontière RDC Rwanda a pris de court des centaines de voyageurs, commerçants et familles qui, chaque jour, empruntent ces points de passage névralgiques. La grande barrière de la Corniche, au cœur du quartier Le Volcan, comme la petite barrière, sont désormais verrouillées, ne laissant filtrer qu’un maigre flux : seuls les citoyens rwandais sont autorisés à regagner leur pays, pendant que les Congolais, bloqués côté Goma ou revenant du Rwanda, n’ont plus la possibilité de repasser la frontière dans l’autre sens.
Pourquoi une telle décision ? Aucune note officielle n’a encore été publiée par les autorités congolaises ou rwandaises. Mais selon plusieurs sources proches des services sanitaires, cette fermeture temporaire est directement liée à l’épidémie Ituri de la maladie à virus Ebola, déclarée récemment dans le nord-est du pays. Des cas suspects de Congolais en provenance d’Ouganda, ayant transité par le Rwanda via le poste de Cynanika avant de vouloir entrer à Goma, ont alerté les équipes de surveillance épidémiologique. La situation est suffisamment préoccupante pour que les postes frontaliers Goma soient mis en pause, le temps d’installer des dispositifs de contrôle sanitaire et de dépistage.
Cette réponse peut surprendre, mais en réalité, elle ressemble à une digue qu’on élève à la hâte avant que la crue ne submerge la ville. Avec plus d’un million d’âmes, Goma est un carrefour commercial et humanitaire où les brassages de populations sont quotidiens. Si le virus Ebola venait à s’y implanter, sa propagation serait aussi rapide que difficile à contenir. D’autant que la souche en cause dans l’épidémie actuelle, dite Bundibugyo, présente un défi supplémentaire : elle ne dispose à ce jour ni de vaccin ni de traitement spécifique, contrairement à la souche Zaïre pour laquelle un vaccin a prouvé son efficacité lors des flambées précédentes.
Mais qu’est-ce que cette souche Bundibugyo ? Identifiée pour la première fois en 2007 en Ouganda, elle provoque une fièvre hémorragique avec un taux de létalité avoisinant les 25 à 30 %. Ses symptômes ressemblent à ceux d’autres fièvres : maux de tête intenses, douleurs musculaires, vomissements, diarrhées et parfois saignements. La transmission se fait par contact direct avec les fluides corporels d’une personne infectée ou d’un animal contaminé. Sans vaccin, la seule parade repose sur l’isolement rapide des malades, la recherche des contacts et le respect strict des mesures d’hygiène.
Là où le bât blesse, c’est que les deux cas suspects Ebola RDC détectés à Goma le samedi 16 mai n’ont pas encore été confirmés ou infirmés. Les prélèvements ont été expédiés pour analyse. En attendant les résultats, les autorités sanitaires ont préféré jouer la carte de la prudence. Comment ne pas comprendre cette frilosité quand on se souvient que l’épidémie de 2018-2020 dans l’Est avait fait plus de 2 200 morts ?
Sur le terrain, les équipes médicales sont mobilisées. Des messages de sensibilisation sont diffusés pour rassurer la population, l’invitant à ne pas céder à la panique mais à adopter des gestes simples : se laver régulièrement les mains, éviter les contacts rapprochés avec des personnes présentant des signes suspects, et surtout signaler immédiatement tout symptôme – fièvre, fatigue inexpliquée, saignements – aux structures de santé. « Ce n’est pas en fermant les yeux qu’on arrête une épidémie », martèlent les professionnels de santé.
Du côté des postes frontaliers Goma, l’incertitude pèse sur la durée de cette fermeture. Pour l’instant, les autorités évoquent une mesure temporaire, le temps de calibrer les capacités de dépistage. Mais pour les milliers de Congolais dont la survie dépend des échanges transfrontaliers – petits commerçants, transporteurs, patients cherchant des soins – chaque heure compte. La situation rappelle combien la lutte contre Ebola ne se joue pas seulement dans les laboratoires, mais aussi dans la gestion des flux humains et la coordination entre pays voisins.
Alors que les analyses se poursuivent à Goma, une question taraude : cette fermeture éclair suffira-t-elle à ériger un rempart efficace contre le virus, ou ne fait-elle que déplacer momentanément le problème ? Seule la rigueur dans l’application des mesures sanitaires – et la coopération de tous – permettra d’éviter que le spectre d’Ebola ne transforme cette frontière en une ligne de fracture sanitaire.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
