L’Ituri retient son souffle. Depuis plusieurs semaines, des décès inexpliqués secouent la zone de santé de Mongbwalu, une cité minière à 90 kilomètres de Bunia. Le 15 mai 2026, les analyses de l’Institut National de Recherche Biomédicale ont confirmé les pires craintes : 13 échantillons sur 20 sont positifs à une nouvelle souche Ebola, différente de la souche Zaïre contre laquelle la RDC dispose de vaccins. Une énigme mortelle qui transforme une rumeur en une épidémie Ituri régionale.
Comment une simple bourgade est-elle devenue l’épicentre d’une alerte sanitaire internationale ? Revenons au début. En avril, les registres de l’Hôpital Général de Référence de Mongbwalu montraient une létalité de 9 %. Un mois plus tard, elle grimpait à 31 %. Au total, 55 patients y sont morts entre le 1er avril et le 13 mai. Pire, quatre soignants ont succombé en quatre jours, un signal d’alarme que le personnel peu formé n’a pas immédiatement interprété. Dans l’aire de santé voisine, une même famille a perdu quinze de ses membres en deux semaines, tous présentant fièvre, maux de tête et vomissements. La communauté, elle, évoquait déjà un mauvais sort.
Les symptômes, pourtant, dessinent un tableau clinique familier aux chasseurs d’épidémies : fièvre élevée, céphalées intenses, asthénie profonde, puis chez certains, des signes hémorragiques – saignements de nez, vomissements noirâtres, difficultés respiratoires. Une infirmière de 45 ans hospitalisée pour une fièvre persistante a développé épistaxis et vertiges avant de mourir. Un homme de 55 ans, après des jours de diarrhée et de douleurs musculaires, a sombré dans un vomissement de sang. Une adolescente enceinte a été terrassée par des convulsions et des saignements. Ces décès inexpliqués Ituri dessinent une même signature : un virus qui attaque l’organisme avec une rapidité déconcertante.
Pourquoi avoir mis tant de jours à identifier cette nouvelle souche ? Les premiers tests rapides réalisés localement avaient écarté les suspects habituels : Ebola Zaïre, dengue, choléra, mpox, Covid-19. Un soulagement de courte durée. Le 15 mai, le séquençage – attendu dans les 24 heures – pointait un Ebola RDC 2026 inédit. L’absence de kits adaptés et d’un espace d’isolement conforme n’a fait qu’accélérer la circulation. L’hôpital de référence affichait un score de seulement 34 % en prévention des infections, et l’aire de santé d’Abelkozo un désastreux 7 %.
Ce qui préoccupe aujourd’hui Africa CDC Ebola, ce n’est pas uniquement Mongbwalu, mais son environnement. La région minière attire sans cesse des travailleurs mobiles. Bunia, ville dense, est un carrefour. Les frontières ougandaise et sud-soudanaise sont poreuses. Autant de portes ouvertes à une flambée régionale. « Les mouvements de population sont intenses et difficiles à surveiller », a averti le Dr Jean Kaseya, directeur général d’Africa CDC, qui a convoqué d’urgence Kinshasa, Kampala et Djouba autour de la même table. L’OMS, l’UNICEF et des géants pharmaceutiques comme Merck et Moderna planchent déjà sur une riposte.
Que faire face à ce virus mutant ? La réponse réside dans une coordination transfrontalière sans faille et dans le comblement rapide des lacunes locales. Chaque minute compte pour éviter que cette épidémie ne devienne une catastrophe régionale. Les populations sont appelées à signaler tout cas suspect, à éviter les contacts rapprochés et à ne pas manipuler les défunts sans protection. La résilience communautaire, ciment de la lutte, reste le premier vaccin.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
