AccueilActualitéSantéUrgence Ebola en Ituri : l'OMS alerte sur la souche Bundibugyo

Urgence Ebola en Ituri : l’OMS alerte sur la souche Bundibugyo

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a déclaré samedi 16 mai que l’épidémie de maladie à virus Ebola qui sévit dans la province de l’Ituri, à l’est de la République démocratique du Congo, constitue une urgence de santé publique de portée internationale. Il s’agit de la 17e épidémie d’Ebola en RDC, mais la première due à la souche Bundibugyo, un variant contre lequel aucun vaccin ni traitement spécifique n’est homologué à ce jour.

Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a motivé cette décision par le taux de positivité élevé des premiers échantillons, la propagation déjà documentée au-delà des frontières congolaises – des cas ont été confirmés à Kampala, en Ouganda, ainsi qu’à Kinshasa – et par l’absence de moyens de prévention validés pour cette souche particulière. Si l’épidémie ne remplit pas, à ce stade, les critères d’une pandémie, l’urgence est bien réelle : « Nous faisons face à un virus que nous ne savons pas encore combattre efficacement », résume un expert de l’agence onusienne.

Pourquoi la souche Bundibugyo inquiète-t-elle autant ? Contrairement à la souche Zaïre, responsable des grandes épidémies de 2014 en Afrique de l’Ouest et de 2018-2019 au Nord-Kivu, le Bundibugyo ebolavirus ne dispose d’aucun vaccin autorisé. Les scientifiques doivent donc compter uniquement sur les mesures classiques de santé publique : isolement des malades, traçage des contacts, quarantaine. Or, en Ituri, ces mesures sont particulièrement difficiles à appliquer. La région est minée par l’insécurité chronique provoquée par les groupes armés, les déplacements massifs de populations et l’intense mobilité liée à l’exploitation minière, notamment autour de Mongwalu. « C’est un peu comme vouloir éteindre un incendie avec un seau percé dans une tempête », illustre un humanitaire joint par la rédaction.

Le tableau clinique de cette maladie est tout aussi préoccupant. Le virus Bundibugyo attaque la paroi des vaisseaux sanguins, les rendant poreux comme une tuyauterie fragilisée. Cela se traduit par des saignements sous la peau (pétéchies, ecchymoses), des hémorragies internes et une défaillance progressive de plusieurs organes. Un exanthème maculopapuleux – de petites taches rouges sur la peau – constitue l’un des signes précoces. Ces symptômes, souvent confondus avec d’autres fièvres hémorragiques, imposent une prise en charge rapide et intensive, d’où l’importance d’une sensibilisation accrue dans les communautés.

Au 16 mai, le bilan provisoire en Ituri fait état de 8 cas confirmés en laboratoire, 246 cas suspects et 80 décès, principalement dans les zones de santé de Bunia, Rwampara et Mongwalu. La propagation internationale est désormais officiellement documentée : deux cas ont été enregistrés à Kampala les 15 et 16 mai chez des voyageurs en provenance de la RDC, et un autre à Kinshasa chez une personne de retour de l’Ituri. Au moins quatre agents de santé sont décédés dans un contexte clinique évocateur, signe d’une possible transmission nosocomiale.

Face à cette situation, l’OMS a émis des recommandations fermes : activation des mécanismes d’urgence nationaux, renforcement du traçage des contacts, dépistage systématique aux points d’entrée internationaux et interdiction de tout déplacement des cas confirmés ou contacts. En revanche, l’organisation déconseille avec force la fermeture des frontières ou la restriction des échanges commerciaux. « Ces mesures n’ont aucune base scientifique et risquent d’aggraver la propagation en déplaçant les flux de population vers des points de passage non surveillés », prévient le communiqué.

Comment, alors, la population de l’Ituri et des régions voisines peut-elle se protéger ? Les gestes barrières restent la première ligne de défense : se laver régulièrement les mains, éviter tout contact avec les liquides corporels des personnes malades, ne pas toucher les dépouilles lors des rites funéraires et signaler immédiatement tout cas suspect à l’autorité sanitaire la plus proche. La transparence et la collaboration des communautés seront déterminantes pour briser les chaînes de transmission.

Cette nouvelle épidémie d’Ebola survient dans un contexte humanitaire déjà dramatique. La province de l’Ituri subit depuis des années les exactions des groupes armés, notamment les ADF et la CODECO, qui provoquent des déplacements incessants et empêchent l’accès aux soins. L’épidémiologiste congolais rappelle que la coordination entre les acteurs humanitaires et les forces de sécurité sera cruciale pour mener la riposte dans les zones enclavées.

L’OMS insiste enfin sur le fait que cette émergence n’est pas une fatalité : les leçons des épidémies précédentes ont montré qu’une action précoce, soutenue et communautaire pouvait contenir le virus. Mais pour la souche Bundibugyo, le combat s’annonce plus difficile. La RDC, qui venait tout juste de déclarer fin décembre 2025 la fin de la 16e épidémie dans le Kasaï, voit ressurgir la menace sous une forme nouvelle, testant une fois de plus la résilience de son système de santé. La solidarité internationale et la mobilisation rapide des ressources seront déterminantes pour éviter que l’Ituri ne devienne l’épicentre d’une crise sanitaire majeure.

Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd

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Amissi G
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Né à Lubumbashi, Yvan Ilunga est un passionné de la richesse culturelle du Congo. Expert en éducation et en musique, il vous plonge au cœur des événements culturels tout en mettant en lumière les initiatives éducatives à travers le pays. Il explore aussi la scène musicale avec une analyse fine des tendances artistiques congolaises, faisant d’Yvan une véritable référence en matière de culture.
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