Moins de 48 heures après la déclaration officielle de la 17e épidémie d’Ebola en Ituri, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a élevé l’alerte au niveau maximal. Samedi 16 mai, le directeur général Tedros Adhanom Ghebreyesus a annoncé que la flambée due au virus Bundibugyo constitue désormais une urgence de santé publique de portée internationale. Une décision qui secoue la RDC, déjà éprouvée par des crises sanitaires à répétition. Mais pourquoi cette épidémie inquiète-t-elle plus que les précédentes ?
La réponse tient en un nom : Bundibugyo. Contrairement à la souche Zaïre, responsable des grandes épidémies meurtrières de 2018-2020 au Nord-Kivu et en Ituri, ce variant ne dispose d’aucun vaccin ni traitement approuvé. « C’est comme si les pompiers devaient éteindre un incendie sans eau ni mousse », image un expert familier de la région. Identifié pour la première fois en Ouganda en 2007, le virus Bundibugyo provoque une fièvre hémorragique aux symptômes particulièrement visibles : taches rouges sur la peau, saignements sous-cutanés (pétéchies, ecchymoses), puis défaillance des organes. Sans une prise en charge rapide et intensive, le taux de létalité reste élevé.
L’épidémie RDC actuelle frappe durement la province de l’Ituri, où le bilan provisoire fait frémir. Au 16 mai, l’OMS rapportait 8 cas confirmés en laboratoire, 246 cas suspects et déjà 80 décès. Les zones de santé de Bunia, Rwampara et Mongwalu sont les plus touchées. Mais le péril a déjà franchi les frontières : deux voyageurs en provenance de RDC ont été testés positifs à Kampala les 15 et 16 mai, et un cas a été détecté à Kinshasa chez une personne de retour d’Ituri. L’Ouganda Ebola n’est plus une hypothèse, c’est une réalité documentée.
Comment une telle propagation est-elle possible ? L’OMS pointe un cocktail explosif. « L’insécurité persistante, les déplacements massifs de populations fuyant les violences, la forte mobilité due aux activités minières autour de Mongwalu, et la densité de structures de santé informelles sont autant de facteurs aggravants », détaille le communiqué. Le contexte rappelle cruellement l’épidémie de 2018-2019, qui avait fait plus de 2 200 victimes. Aujourd’hui, les groupes armés — ADF, CODECO, milice Zaïre — continuent de semer le chaos, poussant les civils sur les routes et rendant très difficile le traçage des contacts.
Face à cette OMS urgence sanitaire, des recommandations strictes ont été adressées aux pays concernés. L’organisation insiste sur l’activation immédiate des mécanismes nationaux d’urgence, le dépistage systématique aux points d’entrée, l’interdiction de déplacement des cas confirmés et la garantie d’enterrements sécurisés. Mais elle avertit aussi que la fermeture des frontières ou les restrictions commerciales seraient contre-productives, « sans aucune base scientifique », et risqueraient de pousser les flux vers des passages non surveillés.
Le drame humain se double d’une menace pour les soignants. Au moins quatre agents de santé sont morts dans un tableau évocateur de fièvre hémorragique, signal inquiétant de transmission nosocomiale. Sans équipements adaptés et sans vaccin, ces héros en blouse blanche sont en première ligne, vulnérables.
Cette flambée en Ituri survient moins de six mois après que la RDC a célébré, le 1er décembre 2025, la fin de la 16e épidémie dans le Kasaï. La résilience du pays est une fois de plus mise à l’épreuve. Et la question que chacun se pose : combien de temps faudra-t-il cette fois pour endiguer un virus qui, sans vaccin, semble avoir une longueur d’avance ? La riposte s’organise, mais dans les zones d’insécurité, chaque heure compte.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
