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À N’djili, l’eau potable devient un luxe inatteignable

À N’djili, le quotidien de milliers de familles a basculé dans une pénurie d’eau qui n’en finit plus. « Nous souffrons beaucoup », confie une ménagère, bidons en main, épuisée par des heures de marche sous le soleil de Kinshasa. Ce témoignage résume la détresse de tout un quartier, privé d’eau potable depuis deux longues semaines. Les quartiers 3, 4, 11 et 12 sont les plus touchés, transformant chaque foyer en un îlot d’impuissance.

La coupure n’est pas une simple gêne technique : c’est une crise sociale qui révèle les failles d’un système d’approvisionnement en eau à Kinshasa. Comment, dans une mégalopole de plus de 15 millions d’habitants, des familles en sont-elles réduites à parcourir plusieurs kilomètres pour quelques bidons d’eau ? Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les robinets sont à sec, et seuls les plus chanceux ou les plus riches peuvent s’offrir l’eau des revendeurs. Ces derniers, sentant la demande exploser, ont multiplié les tarifs. Un bidon de 25 litres, qui se négociait autour de 200 francs congolais, a bondi à 500, voire 800 francs dans certaines artères. Pour une mère de famille qui ne gagne que quelques dollars par jour, c’est un choix impossible : acheter de l’eau ou nourrir ses enfants.

Le spectacle est le même dans toutes les avenues touchées : des files d’attente interminables aux rares points d’eau encore fonctionnels, des enfants qui manquent l’école, des femmes qui s’épuisent à transporter des charges trop lourdes. « Les enfants arrivent parfois en retard à l’école parce qu’on passe beaucoup de temps à chercher de l’eau », déplore un parent, résigné. Cette phrase dit l’ampleur de la catastrophe silencieuse : la crise de l’eau à Kinshasa ne se mesure pas seulement en litres, elle se mesure en heures perdues, en avenir compromis. Les retards scolaires s’accumulent, la fatigue gagne les corps, et avec elle, une sourde colère.

La REGIDESO, chargée de la distribution, évoque des travaux de réparation sur des conduites endommagées. À N’djili, ses agents assurent que des équipes sont à pied d’œuvre pour un retour progressif à la normale. Mais après deux semaines sans une goutte aux robinets, la patience a cédé. Une question s’impose : pourquoi ces réparations urgentes n’ont-elles pas été anticipées ? La pénurie d’eau à N’djili soulève un problème structurel : les infrastructures de la REGIDESO, vieillissantes et souvent sous-dimensionnées, ne parviennent plus à suivre la croissance démographique de Kinshasa. Chaque quartier laissé sans eau est un rappel brutal de l’insuffisance des investissements publics. N’djili, l’une des communes les plus peuplées de l’est de la capitale, porte les stigmates d’une urbanisation galopante mal maîtrisée.

Derrière chaque bidon porté à bout de bras, c’est aussi la santé des plus fragiles qui est menacée. Sans eau pour l’hygiène, le risque de maladies hydriques – choléra, typhoïde – augmente, notamment chez les enfants. La crise de l’eau à Kinshasa, quand elle s’installe dans la durée, devient une urgence sanitaire. Et que dire des femmes, souvent en première ligne, qui sacrifient leur temps et leur énergie pour une ressource que l’on dit vitale ? Elles portent sur leurs épaules le poids d’une pénurie qui n’est pas la leur, pendant que les décisions tardent.

Les habitants de N’djili, à bout de forces, appellent les autorités à agir vite. Mais au-delà de cette intervention d’urgence, c’est toute une politique de l’eau qu’il faut repenser. L’accès à l’eau potable à Kinshasa ne peut pas dépendre de la vétusté d’une canalisation ou de la lenteur d’une réparation. C’est une responsabilité collective, un défi des droits humains. Car combien de temps encore faudra-t-il attendre avant qu’un simple robinet qui coule ne soit plus un luxe ?

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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