« J’ai vu le corps projeté sous la remorque, la jambe arrachée. C’était atroce. » Ce témoignage glaçant d’un riverain de l’arrêt Vodacom, dans le quartier Sans-Fil à Mont-Ngafula, résume l’horreur qui s’est déroulée dimanche 10 mai sur la route de Matadi. Un accident de moto Kinshasa comme on en voit trop souvent, mais qui laisse cette fois deux morts et plusieurs blessés graves. Que s’est-il passé précisément sur ce tronçon meurtrier ?
Selon les informations recueillies sur place, le drame a été provoqué par un dépassement dangereux. La moto, avec à son bord son conducteur, a tenté de se glisser entre deux véhicules imposants : un camion-benne et une remorque chargée de ciment. Un pari risqué qui a viré au cauchemar. Le pilote de la moto a perdu le contrôle, sa machine a dévié et s’est retrouvée coincée entre les deux mastodontes, finissant sous la remorque. Résultat : une jambe sectionnée net, un décès sur le coup. Un passager a également péri, tandis que plusieurs autres personnes ont été projetées au sol, grièvement touchées.
La scène, décrite par des témoins, était d’une violence inouïe. « Le sang coulait sur la chaussée, les cris des blessés glaçaient le sang », raconte un vendeur ambulant qui a assisté à l’accident. Dans ces quartiers populaires de Kinshasa, où les motos-taxis pullulent et slaloment sans répit, le danger est permanent. Combien de vies fauchées faudra-t-il avant que les autorités ne durcissent les règles de circulation ? La route de Matadi, axe névralgique traversant Mont-Ngafula, est tristement connue pour ses nombreux accidents. Ce nouvel accident mortel à Mont-Ngafula vient allonger une liste déjà longue.
Immédiatement après le choc, la solidarité des passants a joué. Des habitants du quartier Sans-Fil se sont précipités pour évacuer les blessés vers les cliniques voisines, improvisant des civières de fortune. « On a chargé les corps dans des voitures, certains respiraient encore à peine », se souvient un jeune homme qui a participé au sauvetage. Mais cette réactivité citoyenne ne peut masquer l’absence chronique de secours publics efficaces. Aucune ambulance n’est arrivée sur les lieux avant de longues minutes. Une fois de plus, les victimes accident RDC en sont réduites à dépendre de la bonne volonté des anonymes.
Pendant ce temps, le trafic s’est paralysé sur plusieurs kilomètres. Les poids lourds immobilisés, la moto broyée, les débris éparpillés : un chaos familier sur cette artère stratégique. La police a finalement été déployée pour rétablir la circulation, constatant les dégâts et interrogeant les témoins. Mais au-delà du constat, quelle prévention réelle ? Les contrôles routiers restent sporadiques, la formation des conducteurs de moto quasi inexistante, et les camions surchargés continuent de rouler sans vérification technique.
Ce drame pose une question de fond : jusqu’à quand tolérera-t-on ces comportements routiers assassins ? À Kinshasa, chaque jour, des vies sont brisées dans des accidents de moto Kinshasa. Le dépassement dangereux, comme celui qui a causé ce drame, est devenu une habitude mortelle. Les usagers vulnérables – piétons, cyclistes, motards – sont les premières victimes. Sans une volonté politique forte, la route de Matadi restera un charnier à ciel ouvert. Deux morts de plus, des blessés à vie : et après ? La société congolaise mérite mieux qu’un silence complice face à cette hécatombe sur les routes de la RDC.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
