Un cri déchirant a brisé le dimanche matin dans le quartier Sans-Fil, à Mont-Ngafula. Léa, une habitante, n’en revient toujours pas. « J’ai vu le motard coincé sous la remorque, sa jambe était déjà arrachée. C’était horrible », témoigne-t-elle, les yeux rougis. Ce qu’elle décrit, c’est le terrible bilan d’un accident sur la route Matadi qui, ce 10 mai, a coûté la vie à deux personnes et fait plusieurs blessés graves.
L’accident s’est produit à hauteur de l’arrêt Vodacom, non loin du marché. Selon les premiers éléments recueillis sur place, une moto a tenté un dépassement risqué entre un camion-benne et une remorque chargée de ciment. Le motard a perdu le contrôle, s’est retrouvé coincé entre les deux mastodontes, avant de finir sa course sous la remorque. Dans la violence du choc, le conducteur a été amputé d’une jambe. Il a succombé à ses blessures peu après l’arrivée des secours, tout comme un autre usager de la route dont l’identité reste à confirmer.
Un drame qui vient s’ajouter à la longue liste des faits divers Kinshasa, sur cet axe stratégique reliant la capitale au Kongo Central. La route Matadi est chaque jour le théâtre d’embouteillages monstres, mais aussi de prises de risques insensées. Pour gagner du temps, motards et chauffeurs de poids lourds se livrent à des slaloms dangereux. Ce dimanche, la témérité a tourné au carnage.
Très vite, des passants se sont mobilisés pour secourir les blessés, les chargeant dans des véhicules privés vers les cliniques environnantes, tant les minutes comptaient. Mais l’impuissance se lisait sur tous les visages. Comment empêcher que de tels drames se répètent ? La route est-elle vraiment adaptée à cette cohabitation entre motos, camions et piétons ? Les questions restent en suspens, alors que les proches des victimes pleurent leurs morts.
La police nationale congolaise est rapidement intervenue pour rétablir une circulation fortement perturbée. Des dizaines de véhicules ont été bloqués pendant plus d’une heure, transformant la scène en un tableau de chaos. Mais une fois les corps évacués et les traces de sang effacées, le flux a repris comme si de rien n’était. Jusqu’au prochain accident.
Ce nouvel accident Mont-Ngafula met en lumière un problème structurel : l’absence de voies réservées aux deux-roues, l’imprudence chronique et le manque de contrôles efficaces. La route Matadi, artère vitale pour le commerce, est aussi un cimetière à ciel ouvert où chaque dépassement risqué peut être le dernier.
Alors que Kinshasa s’étouffe sous le poids de sa démographie, la mobilité urbaine se paie au prix du sang. Combien de motards devront encore mourir pour que les autorités imposent des règles strictes et les fassent respecter ? Derrière chaque fait divers se cache une famille brisée, une vie fauchée. Ce dimanche, c’est tout un quartier de Sans-Fil qui pleure. Et si, pour une fois, l’émotion se transformait en action ?
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
