Dans les allées des supermarchés de Kinshasa, les étiquettes rouges fleurissent sur des rayons entiers. Biscuits, yaourts, conserves, surgelés… Tous affichent des rabais alléchants, parfois jusqu’à 70 %. La raison ? La date de péremption approche, et les enseignes écoulent ces stocks avant qu’ils ne deviennent officiellement impropres à la vente. Pour des milliers de ménages congolais au budget serré, ces promotions ressemblent à une bouffée d’oxygène. Mais derrière cette apparente aubaine se cache une question de santé publique majeure : ces produits sont-ils vraiment sans danger ?
Les avis des consommateurs sont partagés. Si certains Kinois y voient une manière de maintenir le panier de la ménagère à flot dans un contexte économique difficile, d’autres expriment une méfiance croissante. « Je préfère payer le prix fort pour un yaourt bien frais que d’acheter trois pour le prix d’un et finir à l’hôpital », confie une cliente rencontrée dans un supermarché du centre-ville. Cette prudence n’est pas sans fondement. Un nutritionniste-diététicien rappelle que la dangerosité d’un aliment proche de la péremption ne se lit pas uniquement sur l’emballage. « Tout dépend de la nature du produit, des conditions de conservation et de l’état de santé du consommateur. Un paquet de biscuits secs présente moins de risques qu’un sachet de lait frais, mais si la chaîne du froid a été rompue, même un produit non périmé peut devenir un bouillon de culture pour des bactéries pathogènes », explique-t-il.
Pour vulgariser ce phénomène, imaginez un aliment comme une pile électrique. La date de péremption indique le moment où la charge commence à faiblir, mais une mauvaise conservation – exposition à la chaleur, emballage abîmé, coupure d’électricité dans les grands froids – agit comme un court-circuit qui vide la pile avant l’heure. Résultat : des germes comme la salmonelle ou la listeria peuvent se multiplier, invisibles à l’œil nu, et provoquer des intoxications alimentaires sévères. Les personnes les plus vulnérables – enfants, femmes enceintes, patients immunodéprimés – sont les premières exposées. Alors, est-ce un simple pari à prendre ? Comme lancer un dé dans une partie de belote : parfois on gagne un repas bon marché, parfois on décroche une admission aux urgences.
Face à la multiplication des ventes promotionnelles sur des produits à date de péremption imminente, les défenseurs des droits des consommateurs en RDC montent au créneau. Bien que la pratique ne soit pas illégale tant que la date limite de consommation n’est pas dépassée, la réalité des conditions de stockage dans certains supermarchés et marchés informels les inquiète. « Nous avons observé des produits laitiers laissés plusieurs heures hors des frigos, des cartons de surgelés qui dégèlent et recongèlent, ou encore des emballages gonflés par les gaz de fermentation. Tout cela est un signal d’alarme pour la sécurité sanitaire alimentaire en RDC », affirme un porte-parole d’une association de défense des consommateurs. Leur revendication est claire : un renforcement immédiat des contrôles sanitaires dans les supermarchés et sur les marchés de la capitale.
Les autorités doivent-elles agir ? La question devient urgente à Kinshasa où la vente promotionnelle associée à une date de péremption proche s’est banalisée sans réelle surveillance. Les défenseurs proposent des inspections inopinées, la vérification systématique des températures de conservation et une campagne d’information grand public pour apprendre à décrypter les étiquettes et à détecter les signes d’altération d’un aliment. Car, en définitive, l’acheteur se retrouve seul juge de la comestibilité d’un produit réduit.
Quelques conseils pratiques, donc, pour tous les Kinois tentés par ces offres. D’abord, privilégiez les produits secs ou les conserves dont l’emballage est parfaitement intact. Ensuite, méfiez-vous des articles qui nécessitent une chaîne de froid continue : si le paquet est collant, le carton humide ou la glace fondue, passez votre chemin. À la maison, respectez la règle du « premier entré, premier sorti » dans votre réfrigérateur et ne conservez pas ces achats promotionnels plus longtemps que nécessaire. Enfin, les personnes fragiles – femmes enceintes, jeunes enfants, malades chroniques – devraient éviter totalement ces produits dont la qualité sanitaire reste incertaine.
La sécurité sanitaire alimentaire ne doit pas être la variable d’ajustement du portefeuille. Alors que les appels au contrôle se multiplient, chaque consommateur a aussi le pouvoir de protéger sa santé en étant plus vigilant. Après tout, une bonne affaire n’en est vraiment une que si elle ne finit pas aux urgences.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
