Un vent de soulagement souffle-t-il enfin sur le Sud-Kivu ? Depuis le samedi 9 mai, les rebelles de l’AFC/M23 ont entamé un retrait progressif de plusieurs positions stratégiques dans le territoire d’Uvira, amorçant une fragile éclaircie sécuritaire en République démocratique du Congo (RDC).
Les premiers mouvements, observés dès l’aube, se sont amplifiés le dimanche 10 mai, les combattants se repliant vers Kamanyola, dans le territoire voisin de Walungu. Ils auraient emporté avec eux une partie de leur matériel militaire. Selon des sources locales concordantes, les localités de la plaine de la Ruzizi et des moyens plateaux de Lemera, progressivement désertées, dessinent les contours d’un vide stratégique. Citons Kabunambo, la cité de Sange, Nyakabere 1 et 2, Mutarule, Luberizi et Bwegera, autant de noms qui symbolisaient l’emprise rebelle et qui retrouvent un calme incertain.
L’administrateur du territoire d’Uvira, Jean de Dieu Mabiswa Selemani, a confirmé ce repli, l’attribuant à une « pression diplomatique » exercée sur le groupe armé. « Le mouvement a été remarquable depuis hier. Ils ont quitté Kabunambo, la cité de Sange, Nyakabere 1 et 2, Mutarule, Luberizi et Bwegera. Mais ils sont encore visibles à Luvungi », a-t-il déclaré. Une précision qui rompt l’apparente accalmie : le retrait M23 Uvira est loin d’être total.
Car à Luvungi, la tension reste vive. Le porte-parole du secteur opérationnel FARDC/Sud-Kivu, le sous-lieutenant Reagan Mbuyi, a indiqué que certains éléments de l’AFC/M23 tenaient toujours les lignes de front. Pis, ce matin même, ils auraient érigé des barrières, confinant la population à domicile. « Il y a encore certains éléments du M23 qui tiennent toujours les fronts. Ce matin à Luvungi, le M23 a même barré la route à la population, l’empêchant de sortir de leurs maisons », a-t-il souligné. Une attitude qui suggère un retrait sous conditions, voire une manœuvre de diversion.
Face à cette situation chaotique, la société civile d’Uvira a lancé un appel à la vigilance. Les sites militaires abandonnés recèlent un danger mortel : des engins explosifs improvisés ou des munitions non explosées, legs silencieux des conflits récurrents en RDC. « Évitez ces zones », martèlent les représentants, craignant des drames parmi les civils tentés de regagner leurs foyers trop hâtivement.
Le retrait M23 Uvira relance le débat sur la sécurité RDC. L’AFC/M23, groupe armé né de la mutinerie du Mouvement du 23 mars, continue de défier les FARDC et de mettre en échec les efforts de paix régionaux. Ce repli partiel, provoqué par des pressions internationales, est-il un recul tactique ou le prélude à une redistribution des forces ? Les autorités congolaises sauront-elles transformer cette opportunité en stabilisation durable du Sud-Kivu ? La population, elle, oscille entre espoir et méfiance.
Alors que les combattants se fondent dans le paysage vers Walungu, une question demeure : ce retrait ne sera-t-il qu’une parenthèse dans l’histoire violente de l’Est congolais ? La suite dépendra de la capacité des FARDC à occuper le terrain abandonné et à rassurer une population exsangue.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
