AccueilActualitéSociétéN'djili : 15 jours sans eau, quartiers 3,4,11,12 assoiffés

N’djili : 15 jours sans eau, quartiers 3,4,11,12 assoiffés

« Nous souffrons beaucoup. Sans eau, on ne peut rien faire à la maison. Nous marchons loin pour trouver seulement quelques bidons. » Ces mots, prononcés d’une voix lasse par une ménagère du quartier 4 de la commune de N’djili, résument le calvaire quotidien de milliers d’habitants. Depuis deux semaines, une pénurie d’eau à N’djili plonge les quartiers 3, 4, 11 et 12 dans une précarité intenable.

Dans ces avenues poussiéreuses de l’est de Kinshasa, le constat est le même à chaque lever du jour : des files de femmes, d’hommes et d’enfants, bidons ou bassines à la main, sillonnent les rues à la recherche du précieux liquide. Une crise de l’eau à Kinshasa qui, pour ces familles, transforme une simple nécessité en véritable épreuve de survie. Comment imaginer préparer un repas, faire la lessive ou envoyer ses enfants à l’école l’esprit tranquille quand le robinet reste désespérément sec ?

L’accès à l’eau potable à Kinshasa est devenu un luxe pour les résidents de ces quatre quartiers. D’ordinaire déjà irrégulier, le service s’est totalement interrompu il y a quinze jours, sans préavis. « Je dois me lever à 4 heures du matin pour espérer trouver de l’eau avant que la file ne s’allonge trop », raconte un père de famille du quartier 11. « Parfois, je rentre bredouille et mes enfants partent à l’école sans s’être lavés. » Cet homme n’est pas un cas isolé : dans le quartier 12, des parents témoignent de retards scolaires à répétition parce que la quête d’eau grignote le temps des routines matinales.

Face à cette pénurie, le marché parallèle de l’eau prospère. Des revendeurs improvisés, souvent des jeunes du coin, proposent des bidons à des tarifs qui ont doublé, voire triplé. « Avant, un bidon de 25 litres coûtait 500 francs congolais. Aujourd’hui, on nous le vend jusqu’à 1 500 francs », déplore une habitante, incapable de suivre cette inflation sur un budget déjà serré. Pour les ménages les plus vulnérables, l’équation devient impossible : payer pour manger ou payer pour boire ?

Du côté de la REGIDESO, l’explication avancée est d’ordre technique. Selon des agents rencontrés sur place, cette interruption serait due à des travaux de réparation sur des conduites endommagées dans le secteur. « Nos équipes sont à pied d’œuvre pour rétablir la desserte le plus rapidement possible », affirme un technicien. Une annonce qui peine à apaiser la colère sourde des riverains, habitués aux promesses sans lendemain. Dans un pays où l’accès à l’eau reste un défi pour près de la moitié de la population, chaque jour de coupure souligne l’urgence d’investir durablement dans les infrastructures hydrauliques.

Cette pénurie d’eau à N’djili n’est pas un fait divers. Elle révèle une fracture sociale profonde entre ceux qui peuvent se payer des réservoirs ou des citernes et les autres, condamnés à la débrouille. À travers les quartiers 3, 4, 11 et 12, c’est toute la question du droit fondamental à l’accès à l’eau potable à Kinshasa qui est posée. Une ville de plus de 15 millions d’habitants ne peut se permettre de laisser des pans entiers de sa population agoniser de soif pendant que des travaux traînent en longueur.

En attendant un hypothétique retour à la normale, les habitants de N’djili lancent un appel pressant aux autorités compétentes. « Qu’ils accélèrent les réparations ! Nous sommes fatigués », clame un vieux du quartier 3. Cette crise de l’eau à Kinshasa doit interpeller bien au-delà des frontières communales et pousser à une réflexion collective sur la résilience des services publics. Car derrière chaque robinet à sec, ce sont des vies qui s’épuisent.

L’histoire de ces quartiers assoiffés rappelle brutalement que l’eau n’est pas une ressource banale, mais le socle de toute vie digne. Et si, demain, c’était votre quartier ?

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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