« Nous souffrons beaucoup. Sans eau, on ne peut rien faire à la maison. Nous marchons loin pour trouver seulement quelques bidons », confie, le visage marqué, une ménagère du quartier 4 de N’Djili. Dans cette commune de Kinshasa, la scène est devenue un rituel épuisant : des dizaines d’hommes, de femmes et d’enfants, bidons jaunes ou bleus à la main, sillonnent les avenues poussiéreuses sous un soleil de plomb. Depuis plus de deux semaines, une pénurie d’eau sans précédent frappe les quartiers 3, 4, 11 et 12, privant des milliers de foyers de l’accès à l’eau potable. Et Kinshasa, la mégapole aux mille contrastes, retient son souffle.
La crise s’est installée avec une brutalité sourde. Les robinets se sont tus du jour au lendemain, sans préavis, au grand désarroi des habitants. Comment expliquer qu’en plein cœur de la capitale de la RDC, des familles entières en soient réduites à des expéditions quotidiennes à la recherche de la ressource la plus vitale ? C’est toute l’organisation sociale qui vacille. Les activités domestiques sont paralysées : cuisiner un repas, laver les vêtements, assurer l’hygiène de base deviennent des défis quasi insurmontables. « Les enfants arrivent parfois en retard à l’école parce qu’on passe beaucoup de temps à chercher de l’eau », témoigne un parent excédé, traduisant l’impact invisible sur l’éducation.
Face aux canalisations à sec, le marché parallèle prospère. Les revendeurs d’eau, qui sillonnent les ruelles avec des charrettes, imposent des prix qui flambent. Un bidon de 25 litres se négocie désormais à un tarif double, voire triple, pesant lourdement sur les budgets déjà précaires. Pour les ménages vulnérables, cette spéculation sur la soif ajoute une violence économique à la privation. La santé publique n’est pas épargnée : le risque de maladies hydriques augmente, car certains puisent dans des sources non protégées, par désespoir.
Du côté de la REGIDESO, l’explication avancée est technique. Des agents confirment que cette pénurie d’eau résulte de travaux de réparation sur des conduites endommagées dans la commune de N’Djili. « Des équipes sont à pied d’œuvre pour un retour progressif à la normale », assure-t-on. Mais ces promesses butent sur l’impatience des riverains. Quinze jours sans une goutte d’eau courante : quel foyer peut raisonnablement supporter un tel délai dans une ville qui se veut moderne ? À Kinshasa, l’attente devient une épreuve qui use les nerfs et érode la confiance dans les institutions.
Ce calvaire collectif met en lumière les fragilités d’un système d’approvisionnement vieillissant. Les pannes à répétition, le manque d’investissements dans les infrastructures hydrauliques, l’urbanisation galopante : autant de maux qui transforment une simple réparation en crise humanitaire localisée. N’est-il pas paradoxal qu’en 2025, des quartiers entiers de la capitale congolaise retournent à un mode de vie où l’eau redevient un luxe ? Pendant que Kinshasa affiche ses ambitions de mégapole émergente, des citoyens paient le prix fort pour le droit élémentaire à boire.
Les habitants de N’Djili ne se contentent plus d’attendre. Entre colère et résignation, ils lancent un appel pressant aux autorités compétentes afin d’accélérer les travaux et de garantir un retour durable de l’eau. Car au-delà de la panne actuelle, c’est le modèle de gestion de l’eau à Kinshasa qui doit être repensé. Faute de solutions structurelles, la prochaine pénurie d’eau fera encore plus de dégâts, rappelant cruellement que l’or bleu demeure la grande oubliée des politiques urbaines.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
