À Jupunvor, un hameau paisible niché dans le territoire de Mahagi, les cris déchirants d’une mère brisent encore le silence de l’aube. « Mon enfant est parti à l’école, il voulait juste apprendre… et maintenant il n’est plus là. » Ce jeudi 7 mai, alors que les pluies diluviennes s’abattaient sans répit sur l’Ituri, deux écoliers tentaient de traverser une rivière en crue pour rejoindre leur salle de classe. Les flots impétueux les ont emportés sous le regard impuissant des villageois. L’un des enfants, âgé d’à peine douze ans, est mort noyé. L’autre a été sauvé de justesse, arraché aux eaux par des voisins courageux, puis conduit d’urgence dans une structure de santé. Une tragédie qui frappe au cœur, et qui n’est que le premier visage d’une catastrophe naturelle aux conséquences en cascade.
À une vingtaine de kilomètres de là, le pont jeté sur la rivière Acodho, artère vitale entre le centre commercial de Djegu et la ville ougandaise de Parombo, n’a pas résisté. Les mêmes pluies torrentielles qui ont endeuillé Jupunvor ont eu raison de cette infrastructure vétuste. Depuis plusieurs jours, le trafic est suspendu entre Mahagi et l’Ouganda, paralysant les échanges transfrontaliers. Commerçants, transporteurs et petits vendeurs voient leurs marchandises pourrir sur place. « Je perds des millions de francs congolais chaque jour, se désole un opérateur économique. Et qui va nous indemniser ? » La question reste sans réponse, tant les autorités semblent dépassées.
Mais la colère et l’impuissance ne s’arrêtent pas au pont effondré en Ituri. Vendredi 8 mai, à Boga, dans le territoire d’Irumu, un vent violent accompagné de pluies diluviennes a arraché la toiture d’un bâtiment alors que les candidats finalistes étaient en pleine passation des épreuves hors session de l’Examen d’État. Des centaines d’élèves, déjà éprouvés par un parcours scolaire chaotique, ont dû être délocalisés dans l’urgence vers d’autres salles, dans un climat d’angoisse et de confusion. Comment construire l’avenir d’une jeunesse quand la nature elle-même semble s’acharner contre les plus fragiles ?
À Kasenyi, sur les rives du lac Albert, les eaux ont envahi la plaine avec une rapidité fulgurante. Le centre hospitalier de la localité est resté inaccessible pendant 24 heures, isolant des patients en quête de soins vitaux. Une mère en travail, un enfant fiévreux, un vieillard en détresse respiratoire : autant de drames silencieux aggravés par l’absence de routes praticables et de secours immédiats.
Face à ce tableau accablant, la coordination de la protection civile en Ituri multiplie les appels à la prudence. « Il faut éviter de traverser les cours d’eau pendant les fortes pluies, sécuriser les toitures, et surtout ne pas s’approcher des zones inondables », martèle-t-elle. Un message de bon sens, certes, mais qui résonne comme un aveu d’impuissance de l’État. Car au-delà des recommandations, qu’a-t-on fait pour renforcer ce pont sur lequel repose toute une économie ? Quels dispositifs d’urgence existent pour secourir les sinistrés ? À quoi servent les alertes précoces si aucun abri sûr ne peut accueillir les populations menacées ?
L’effondrement du pont de Djegu, les pluies meurtrières d’Ituri en ce mois de mai et le trafic suspendu à Mahagi ne sont pas des incidents isolés : ce sont les symptômes d’une vulnérabilité structurelle chronique. D’année en année, les mêmes scénarios se répètent – pluies diluviennes, inondations, effondrements, morts par noyade ou électrocution. L’Ituri, comme beaucoup d’autres provinces de la RDC, manque cruellement d’infrastructures résilientes et de plans de contingence. Les populations, livrées à elles-mêmes, paient le prix fort d’une gouvernance défaillante. Alors, la question qui hante les esprits est simple : quand l’État congolais décidera-t-il de protéger ses citoyens non pas par des discours, mais par des actes concrets face aux catastrophes naturelles ?
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
