AccueilActualitéPolitiqueNairobi : Macron tourne la page du «pré carré», la RDC sur...

Nairobi : Macron tourne la page du «pré carré», la RDC sur les rangs

En ouverture du sommet France-Afrique à Nairobi, le président Emmanuel Macron a officiellement fait le deuil d’une époque. Devant un parterre de chefs d’État et de délégations, il a déclaré ne plus vouloir considérer l’Afrique francophone comme un « pré carré » où les contrats seraient d’avance réservés aux entreprises tricolores. Une rupture rhétorique spectaculaire, qui enterre un vocabulaire colonial aussi tenace que les réseaux d’influence qui l’incarnent.

Le chef de l’État français a théorisé ce tournant en martelant que Paris ne chercherait désormais ni à « faire ni à défaire » les gouvernements. Le retrait du Mali, imposé par la junte de transition, devient ainsi la pièce maîtresse de cette démonstration de force inversée. « On croit à la souveraineté des États. On s’en va ! », a-t-il lancé, comme pour mieux souligner que la realpolitik du XXIe siècle ne se conjugue plus avec les ingérences d’antan. Mais peut-on vraiment tourner la page du « pré carré » par un simple discours ?

Pour nombre d’observateurs, cette profession de foi n’est pas sans arrière-pensées. Si la France clame la fin de son pré carré, c’est aussi parce que le terrain, miné par un sentiment anti-français grandissant au Sahel, lui échappe. La déclaration de Nairobi sonne ainsi autant comme un acte de contrition que comme un repositionnement stratégique visant à reconquérir des espaces diplomatiques et économiques. Dans cette Afrique anglophone qui accueille le sommet, le symbole est fort : Paris prône désormais une compétition ouverte, où l’influence se mérite plutôt qu’elle ne s’impose.

La République démocratique du Congo, elle, n’est pas venue à Nairobi en simple observatrice. Avec une imposante délégation de 119 personnes — chefs d’entreprises, entrepreneurs, membres de la société civile et jeunes —, Kinshasa affiche ses ambitions. Pour la RDC, ce forum est l’occasion de défendre ses priorités nationales, au premier rang desquelles la sécurité en Afrique centrale. La crise persistante dans l’Est congolais exige des partenariats renouvelés, et les promesses de souveraineté africaine formulées par Macron pourraient offrir un appui inattendu à la diplomatie congolaise.

L’enjeu dépasse toutefois le seul volet sécuritaire. La RDC entend surtout attirer des investissements concrets pour la gestion de ses richesses naturelles. Les mots d’ordre brandis par Kinshasa — création d’emplois durables en faveur de la jeunesse congolaise — résonnent avec le discours de rupture parisien. Si la France abandonne la logique du pré carré, les entreprises françaises devront désormais convaincre face à la concurrence internationale. Une aubaine pour les autorités congolaises, qui espèrent voir émerger des offres compétitives et transparentes, loin des pratiques opaques longtemps décriées.

Mais entre les déclarations de Nairobi et la réalité des affaires, le chemin reste étroit. La « souveraineté africaine » tant invoquée par Macron risque de se heurter aux inerties institutionnelles et aux intérêts économiques bien ancrés. La RDC le sait et mise sur un pragmatisme à toute épreuve : multiplier les partenariats, ne plus dépendre d’un seul parrain, exiger des retombées locales pour une jeunesse en mal d’avenir. Reste à savoir si cette nouvelle doctrine française se traduira par des inflexions tangibles ou demeurera un simple effet d’annonce, à l’heure où chaque pays africain apprend à marchander sa propre souveraineté.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

Commenter
Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
Actualité Liée

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici
Are you human? Please solve:Captcha


Actualité Populaire Liée

Actualité Populaire RDC

Résumé de l'actualité quotidienne

Le Brief du Jour du 11 Mai 2026

Crise politique autour du troisième mandat de Félix Tshisekedi, aggravation sécuritaire en Ituri due aux attaques ADF et taxation forcée, accord frontalier stratégique entre la RDC et l’Ouganda, drame sanitaire à Makumo, la jeunesse de Kananga exhortée à la paix, insécurité accrue pour les miniers chinois au Lualaba, et UBA RDC riposte à des allégations infondées : retrouvez l’essentiel de l’actualité de ce 11 mai 2026 dans Le Brief du Jour.

Derniers Appels D'offres

Derniers Guides Pratiques