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Référendum RDC: Ejiba Yamapia mobilise, l’Église de Réveil divisée

La liesse était palpable, dimanche, au quartier général de l’Église Pentecôtiste des Secouristes (EPS). L’archevêque Ejiba Yamapia, chef de file de l’Église de Réveil du Congo, a accueilli avec ferveur le président Félix Tshisekedi et son épouse, venus participer à un culte d’action de grâce. Mais derrière les cantiques et les prières, c’est un message politique on ne peut plus clair qui a retenti : le changement de la Constitution en RDC doit advenir, et vite.

Pour Ejiba Yamapia, l’actuelle loi fondamentale, promulguée en 2006, est devenue anachronique. « L’année passée, c’était les bruits de guerre. Maintenant, nous avons des accords avec les États-Unis : c’est le moment du développement. Or, la Constitution actuelle va poser d’énormes problèmes », a-t-il lancé, reprenant une rhétorique désormais bien rodée dans les cercles proches du pouvoir. L’homme d’Église, qui a récemment présidé un forum de pasteurs favorables à une révision constitutionnelle, voit dans le texte suprême un frein au « vent du développement » que les partenariats avec Washington pourraient insuffler. Une lecture qui fait écho aux ambitions de Félix Tshisekedi, lequel invoque le serment de son défunt père, Étienne, qui promettait de changer la Constitution une fois l’UDPS aux commandes.

Mais cette croisade pour un référendum tourne au schisme au sein de l’Église de Réveil. Le pasteur Moïse Mbiye, figure respectée de ce courant, a qualifié sans détour les pro-changement de « camp des Lépreux », les accusant de sacrifier l’œuvre de Dieu sur l’autel de la politique. Une déclaration acerbe qui, dimanche 10 mai, a résonné comme un avertissement : la fracture est désormais profonde entre les « hommes de Dieu ». À ses côtés, Sony Kafuta et d’autres pasteurs de la même obédience refusent de bénir un processus qu’ils jugent dangereux pour la stabilité du pays. Pendant ce temps, l’Église catholique, alliée de circonstance de l’opposition, monte elle aussi au créneau, redoutant un troisième mandat déguisé de Félix Tshisekedi.

Le débat ne se cantonne pas aux chaires. À l’Assemblée nationale, le député Paul-Gaspard Ngondankoy a déposé un projet de loi taillé pour organiser un référendum. Son texte de 93 articles prévoit un mécanisme exceptionnel de « changement constitutionnel » passant par une Assemblée constituante. Officiellement, il préserve les verrous de l’article 220, qui interdit toute révision touchant au nombre et à la durée des mandats présidentiels. Mais la simple existence de ce projet, à un moment où le chef de l’État évoque ouvertement la réforme, laisse planer un doute : à quoi bon tout ce remue-ménage si le tabou des mandats reste intangible ?

La question mérite d’être posée. Ejiba Yamapia et ses soutiens orchestrent une mobilisation populaire et spirituelle sans précédent, appelant « le peuple de Dieu à comprendre le temps » et à se tenir prêt à glisser un bulletin favorable lors du scrutin. Pourtant, la stratégie semble heurter de plein fouet les équilibres institutionnels et religieux. Le pouvoir joue-t-il la montre, espérant que la pression de la rue et des églises alliées rendra politiquement acceptable ce que le droit interdit ? Ou bien le véritable objectif est-il ailleurs, par exemple de torpiller l’article 220 par une constituante ad hoc ? Le flou entretenu par le palais de la Nation nourrit tous les soupçons.

Ce qui est certain, c’est que le référendum, s’il voit le jour, se jouera autant dans les isoloirs que dans les temples. En instrumentalisant le religieux à des fins partisanes, le camp Tshisekedi prend un pari risqué. Car si la manœuvre échoue, la fracture de l’Église de Réveil pourrait bien se transformer en fracture nationale, avec des conséquences imprévisibles pour la République. En attendant, les fidèles, pris en étau entre l’obéissance à leurs pasteurs et la loyauté au « père de la nation », assistent, perplexes, à une bataille dont l’issue déterminera le visage de la RDC pour les décennies à venir.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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