AccueilActualitéPolitiqueChangement constitution en RDC : Katumbi accuse Tshisekedi de haute trahison

Changement constitution en RDC : Katumbi accuse Tshisekedi de haute trahison

La possibilité d’une révision constitutionnelle en République démocratique du Congo n’est plus un secret de palais. En l’évoquant publiquement, le président Félix Tshisekedi a brisé un tabou, mais aussi ouvert une boîte de Pandore politique. À peine le chef de l’État a-t-il esquissé son intention de « toucher à la loi fondamentale de 2006 » que le parti de l’opposant Moïse Katumbi, Ensemble pour la République, a répliqué par la charge la plus grave qu’un pouvoir puisse redouter : la haute trahison.

Dans un communiqué incisif, Ensemble pour la République assimile l’éventuel changement constitutionnel à un reniement du serment présidentiel. « En s’engageant à fouler au pied son serment solennel, prêté devant Dieu et la nation, notamment d’observer et défendre la Constitution, le Président Tshisekedi se rend coupable des poursuites conformément aux articles 164 et 165 de notre Loi fondamentale », rappelle la formation politique. Ces dispositions, véritables glaives de Damoclès pour le titulaire de la magistrature suprême, définissent la haute trahison comme l’une des rares infractions justiciables contre le chef de l’État. Un crime constitutionnel dont la seule évocation suffit à glacer l’atmosphère préélectorale.

La démarche du camp Katumbi n’a rien d’une improvisation. Elle s’inscrit dans une opposition frontale au projet de changement constitutionnel que Félix Tshisekedi a théorisé mercredi face à la presse. Pour justifier son initiative, le président brandit plusieurs arguments : la nécessité de réformes judiciaires exigées, selon lui, par le partenariat avec les États-Unis ; la volonté d’extraire « beaucoup d’entraves » d’un texte jugé obsolète ; et enfin, la fidélité à l’héritage de son père, Étienne Tshisekedi, dont le parti, l’UDPS, avait promis dès 2006 de modifier la Constitution s’il parvenait au pouvoir. Rien d’étonnant à ce que ce triple argumentaire soit perçu par ses détracteurs comme un écran de fumée destiné à masquer des ambitions de maintien au-delà du terme de décembre 2028, que l’article 220 protège pourtant de toute révision.

Interrogation légitime : est-ce réellement la Constitution qui bloque la construction d’écoles, la création d’emplois ou la signature de contrats miniers ? Ensemble pour la République le conteste avec virulence. Le parti de Moïse Katumbi, qui s’opposait déjà à toute modification du pacte fondamental sous Joseph Kabila, voit dans la situation actuelle non pas un problème constitutionnel, mais « une gouvernance de prédation, de clientélisme et de jouissance qui affame le peuple ». La formule, cinglante, transforme le débat technique en réquisitoire moral et politique.

Le code minier, clé de la stabilité

Sur le volet minier, le contraste est saisissant. Alors que Félix Tshisekedi suggère qu’un nouvel ordre constitutionnel faciliterait les investissements, Ensemble pour la République rétorque que « prétendre qu’il faut changer la loi fondamentale pour signer des contrats miniers est un aveu de haute trahison ». Le parti aligne cette position sur l’Accord de Washington, lequel, selon lui, ne saurait servir d’alibi à un chamboulement institutionnel. « On n’adapte pas la Loi de la République aux intérêts partisans ; la Loi de la République s’impose à tous, citoyens et partenaires concernés », martèle le texte, ajoutant que « c’est, bien au contraire, la stabilité de nos lois et tout particulièrement le Code minier qui sécurise les investisseurs internationaux ». Un rappel aux réalités du marché que les stratèges de la présidence ne pourront ignorer sans risque diplomatique.

Pendant que la polémique enfle, l’appareil législatif se met en ordre de bataille. Une proposition de loi déposée par le député Paul-Gaspard Ngondankoy, forte de 93 articles, vise à encadrer l’organisation d’un référendum en RDC. Le texte prévoit un mécanisme exceptionnel de « changement constitutionnel » passant par une Assemblée constituante, tout en maintenant formellement les protections de l’article 220 sur le nombre et la durée des mandats présidentiels. Un équilibre fragile qui, dans le climat actuel, ressemble davantage à une manœuvre qu’à une garantie.

La stratégie présidentielle joue donc avec le feu. D’un côté, elle flatte une base militante nourrie de promesses historiques ; de l’autre, elle réveille une opposition déterminée à brandir le spectre de la haute trahison, une arme à la fois juridique et symbolique. Reste à savoir si Félix Tshisekedi mesurera le coût politique d’un passage en force. Car dans un pays où la rue n’a jamais disparu de l’équation, un changement constitutionnel ne se décrète pas seulement au Parlement : il se gagne ou se perd dans la conscience collective des Congolais. Et pour l’heure, les avertissements d’Ensemble pour la République résonnent comme le prélude d’un affrontement qui pourrait redessiner les équilibres bien avant 2028.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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