C’est un coup de semonce qui résonne dans les couloirs feutrés du Gouvernement. Lors du Conseil des ministres RDC du 8 mai 2026, le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo a haussé le ton. Le Chef de l’État a exigé une mise en œuvre « rapide, intégrée et cohérente » des 125 recommandations issues des États Généraux des Postes et Télécommunications, tenus à Kinshasa. Une injonction qui place l’exécutif face à ses responsabilités dans un secteur où l’inertie bureaucratique a trop longtemps étouffé les ambitions numériques du pays.
Ces assises, personnellement lancées par le Chef de l’État le 27 avril autour du thème « Postes et Télécommunications, vecteur du développement socio-économique », étaient présentées comme un exercice de vérité. Selon le compte-rendu du Conseil, Félix Tshisekedi les a qualifiées de « diagnostic complet, lucide et sans complaisance de l’écosystème postal et des télécommunications ». Reste à savoir si le remède suivra l’auscultation. En exigeant des actions immédiates télécoms, le président fait le pari que les télécoms RDC peuvent devenir le moteur de la transformation numérique tant promise.
Pourtant, la question qui taraude les observateurs est simple : ces recommandations connaîtront-elles un autre sort que celui des innombrables feuilles de route qui encombrent les tiroirs ministériels ? Les 125 mesures touchent au nerf de la guerre : climat des affaires, inclusion numérique et financière, fiscalité, infrastructures, connectivité. Autant de chantiers qui, s’ils étaient menés à terme, pourraient faire entrer la RDC de plain-pied dans l’économie numérique RDC. Pour conjurer le spectre de l’immobilisme, le Président a appelé à bâtir « une véritable feuille de route stratégique nationale des Postes et Télécommunications », avec des projets hiérarchisés, financés et rigoureusement suivis. Des mots qui, dans la bouche du garant de la nation, résonnent comme un avertissement à son propre camp.
Pour donner corps à cette ambition, Félix Tshisekedi a instruit le ministre des Postes et Télécommunications ainsi que celui de l’Économie du numérique, sous la coordination de la Première Ministre, de créer sans délai un Comité interdisciplinaire de suivi opérationnel. Ce comité, qui intégrera le Cabinet du Chef de l’État, devra garantir la convergence des actions, lever les contraintes et faire respecter les échéances. Une architecture qui, si elle fonctionne, pourrait briser le cloisonnement institutionnel chronique paralysant les projets d’envergure.
Mais au-delà de cet échafaudage administratif, c’est bien une question de volonté politique qui se pose. En pressant ainsi son exécutif, le président joue gros : faire des télécoms un « levier de souveraineté nationale, de compétitivité économique et d’intégration territoriale » implique de soumettre son bilan à l’épreuve du concret. Une exécution en demi-teinte écornerait durablement sa crédibilité sur le numérique, alors même que l’opinion congolaise guette les preuves d’une véritable bascule. N’est-il pas ironique de voir ce secteur, longtemps relégué au second plan, soudainement promu au rang de baromètre de la gouvernance Tshisekedi ?
Les prochains mois seront décisifs. Le Comité interdisciplinaire aura la lourde charge de transformer les recommandations en réalités tangibles, sous l’œil impatient d’une population de plus en plus connectée et exigeante. La RDC amorce un virage numérique dont la réussite dépendra moins des discours que de l’obstination à traduire les mots en actes. En mettant la barre aussi haut, le Chef de l’État s’expose au risque de rappeler que l’enfer est souvent pavé de feuilles de route.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Eventsrdc
