Dans l’arène politique locale de Kalemie, la tension monte. Le bourgmestre de la commune de Lukuga, Joseph Zedi, a choisi la riposte juridique face à la motion de défiance déposée contre lui par le conseil communal. Mercredi 6 mai, visiblement déterminé à ne pas céder aux pressions, l’autorité communale a publiquement estimé que cette initiative bafouait une note circulaire du ministre de l’Intérieur, datée du 22 avril dernier. Un texte qui, sur le papier, redessine les rapports de force entre les organes délibérants et exécutifs dans un contexte administratif pour le moins hybride.
Cette note, que CongoQuotidien a pu consulter, rappelle une réalité méconnue du grand public : la coexistence de deux régimes administratifs dans les communes congolaises. D’un côté, les conseils communaux issus des élections locales ; de l’autre, les exécutifs communaux nommés. Un imbroglio né du non‑parachèvement du processus électoral, qui laisse les bourgmestres et leurs adjoints dans une position ambivalente. La circulaire ministérielle est pourtant claire : en cas de faute grave imputée à un bourgmestre ou à son adjoint, le conseil communal n’a d’autre choix que de saisir le ministre de l’Intérieur, seul détenteur du pouvoir hiérarchique. Autrement dit, le conseil communal Lukuga aurait peut-être joué une carte qu’il n’avait pas en main.
Joseph Zedi, par la voix de son représentant Jean Kasongo, n’a pas mâché ses mots pour contester la légalité de la motion. « L’insécurité évoquée ne relève pas de la compétence de l’exécutif communal. Il existe, au niveau provincial, un ministre en charge de la sécurité », a‑t‑il déclaré, renvoyant l’accusation à un autre étage institutionnel. Une manière habile de pointer les incohérences de la démarche : reprocher à un bourgmestre l’insécurité dans sa commune, n’est‑ce pas ignorer la répartition des compétences dans l’architecture sécuritaire du Tanganyika ? Quant à l’insalubrité, Jean Kasongo a rappelé l’existence d’une opération Salongo chaque jeudi, transformant l’accusation en simple méconnaissance du calendrier communal.
La bataille ne se limite pas aux arguments de forme. Sur le fond, le bourgmestre de Lukuga rejette en bloc les allégations de non‑dépôt du budget communal, un grief souvent brandi comme l’arme fatale dans les querelles entre exécutif et délibérant. Ce bras de fer illustre, une fois de plus, le flou juridique qui entoure la gouvernance des entités territoriales décentralisées. Alors que les conseillers communaux se veulent les gardiens de la légalité, leur motion de défiance pourrait se retourner contre eux si elle est jugée prématurée ou non conforme à la circulaire du ministre de l’Intérieur. L’ironie est palpable : ceux qui accusent le bourgmestre d’irrégularités se retrouvent eux‑mêmes accusés d’avoir violé les textes.
Au‑delà de la commune de Lukuga, cet épisode met en lumière un dysfonctionnement plus large : l’absence d’harmonisation entre les exécutifs nommés et les assemblées élues. Combien de communes en RDC naviguent dans ce vide procédural ? La circulaire du 22 avril tente d’y remédier, mais elle risque fort d’être instrumentalisée par les deux camps. Pour les uns, elle devient un bouclier ; pour les autres, un obstacle à leur contrôle citoyen. À Kalemie, le conseil communal Lukuga pourrait bien avoir surestimé sa marge de manœuvre, offrant au bourgmestre Joseph Zedi l’occasion de se poser en défenseur de la légalité républicaine.
Dans les jours à venir, il appartiendra au ministre de l’Intérieur de trancher, si toutefois il est saisi. Cette affaire soulève une question cruciale pour l’avenir de la décentralisation : jusqu’où peut aller un conseil communal sans empiéter sur les prérogatives de l’exécutif ? La motion de défiance, prévue par la loi, devient un outil à double tranchant. Le bourgmestre de Lukuga en fait aujourd’hui la démonstration. Reste à savoir si cette résistance tiendra face aux pressions politiques, ou si elle ne fait que retarder une confrontation inévitable entre légitimité élective et autorité nommée. Une certitude : les prochains épisodes de ce feuilleton administratif seront scrutés de près, bien au‑delà des frontières du Tanganyika.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
