AccueilActualitéJusticeInsultes au président : l'ASADHO dénonce une justice à deux vitesses

Insultes au président : l’ASADHO dénonce une justice à deux vitesses

La publication, lundi 11 mai, d’un communiqué du ministère de la Justice relatif aux insultes et attaques verbales ciblant le chef de l’État continue de nourrir un débat brûlant sur l’impartialité de l’appareil judiciaire en République démocratique du Congo. Si la condamnation de principe des injures contre le président de la République fait consensus, l’Association africaine de défense des droits de l’homme (ASADHO) élève une voix dissonante en pointant une « justice à deux vitesses », qui minerait la confiance des citoyens envers les institutions.

Dans une déclaration rendue publique au lendemain de la sortie ministérielle, le président de l’ASADHO, Jean-Claude Katende, a livré une critique mesurée mais acérée de ce qu’il qualifie « d’application sélective de la justice ». Tout en réaffirmant que « le président de la République, en tant qu’institution et en tant que personne, a droit au respect et aux honneurs de toute la nation », il s’interroge sur la cohérence de la riposte judiciaire. « Qu’est-ce qu’on va faire de ceux qui, à longueur de journées, insultent les autorités religieuses, les membres de l’opposition ou d’autres citoyens sans que la justice ne bouge ? », a-t-il lancé, mettant en exergue un déséquilibre patent dans le traitement des infractions d’injures et de diffamation.

Le communiqué du ministère de la Justice, diffusé le 11 mai, rappelait les dispositions légales réprimant l’outrage au chef de l’État et annonçait une série de mesures visant à traquer les auteurs de propos jugés attentatoires à la dignité présidentielle. Mais pour Jean-Claude Katende, ce réveil soudain de l’autorité de poursuite semble obéir à une logique d’opportunité politique. Selon lui, les annonces gouvernementales paraissent principalement dirigées contre des opposants politiques et des voix critiques, tandis que d’autres formes d’injures publiques, tout aussi dommageables pour la cohésion sociale, demeurent sans réponse pénale. Ce deux poids, deux mesures nourrit le sentiment d’une justice instrumentalisée, « orientée » au gré des intérêts du moment.

Le président de l’ASADHO a poussé son raisonnement en soulignant un danger systémique : « Notre nation va petit à petit vers un domaine où personne ne respecte personne et où personne ne respecte la loi. C’est dangereux. » L’absence de poursuites systématiques pour toutes les victimes de diffamation crée, à ses yeux, un climat d’impunité généralisée qui érode les fondements de l’État de droit. Comment, dès lors, garantir la protection égale de la loi si la justice ne s’émeut que lorsque les intérêts du sommet de l’État sont en jeu ? La question est d’autant plus lancinante qu’elle interroge la capacité même de l’institution judiciaire à remplir sa mission constitutionnelle sans préjugés ni considérations partisanes.

L’ASADHO, qui condamne sans ambiguïté les insultes visant le président de la RDC, n’entend pas minimiser la gravité de tels actes. Elle plaide au contraire pour une réponse judiciaire équitable, qui protégerait avec la même vigueur l’ensemble des citoyens, qu’ils soient simples particuliers ou hauts responsables. L’association appelle ainsi les autorités à abandonner une approche sélective qui, en se focalisant sur les seules offenses au chef de l’État, risque de creuser le fossé entre la population et une justice perçue comme aux ordres. L’enjeu dépasse la seule question des injures : il touche à la légitimité même du pacte républicain et à la confiance indispensable entre gouvernants et gouvernés.

Cette nouvelle prise de position relance le débat sur l’indépendance du pouvoir judiciaire en RDC, un sujet récurrent dans les rapports des organisations de défense des droits de l’homme. L’émotion suscitée par le communiqué du ministère de la Justice a d’ores et déjà trouvé un écho dans l’opinion publique, certains observateurs craignant que la focale mise sur la protection du président ne masque une volonté de museler toute contestation. L’ASADHO, par la voix de Jean-Claude Katende, n’a pas manqué de rappeler que le respect des institutions ne saurait être décrété par la seule crainte de poursuites, mais doit se gagner par une justice égale pour tous.

Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net

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