AccueilActualitéJusticeBunia : libération de trois militants LUCHA, une justice militaire en question

Bunia : libération de trois militants LUCHA, une justice militaire en question

Les militants du mouvement citoyen Lutte pour le Changement (LUCHA), Sefu Anjisina Abdul Olivier, Kambale Odo Jackson et Paluku Kamate Joachim, ont été libérés dans l’après-midi du samedi 9 mai à Bunia, chef-lieu de la province de l’Ituri. Leur élargissement est intervenu après plusieurs semaines de détention à la prison centrale, au terme d’un parcours judiciaire qui aura laissé planer l’ombre d’une détention arbitraire et d’une justice militaire aux contours flous.

Les trois activistes avaient été interpellés le 12 mars dernier alors qu’ils participaient à une manifestation pacifique devant les installations de la REGIDESO, organisée pour dénoncer la pénurie d’eau potable qui affectait plusieurs quartiers de la ville. Cette action citoyenne, autorisée dans un premier temps puis dispersée sur ordre du maire de Bunia, s’était soldée par leur arrestation et leur transfert immédiat vers l’auditorat militaire. Une procédure qui s’inscrivait dans le cadre exceptionnel de l’état de siège en vigueur en Ituri et au Nord-Kivu, et qui allait rapidement les exposer à une accusation grave : l’atteinte à la sûreté de l’État.

Durant leur incarcération, la mobilisation en faveur de leur libération n’a cessé de croître. À la fin du mois d’avril, l’organisation panafricaine Africans Rising avait publiquement exigé leur remise en liberté, dénonçant des poursuites disproportionnées à l’encontre de simples militants des droits humains. Des préoccupations similaires avaient été soulevées par des défenseurs congolais, qui s’interrogeaient sur le respect des délais légaux de garde à vue et de détention préventive dans un contexte où l’état de siège confère aux juridictions militaires des compétences élargies. Le tribunal militaire de Bunia, saisi de l’affaire, a finalement condamné les trois prévenus à deux mois de prison pour atteinte à la sûreté de l’État, selon un rapport de Human Rights Watch qui a documenté la procédure. L’ONG avait souligné le caractère particulièrement vague de cette infraction, souvent instrumentalisée pour réprimer la dissidence et museler les voix critiques dans le pays.

L’opacité qui a entouré l’ensemble du dossier est frappante. De leur arrestation à leur remise en liberté, aucune autorité administrative ou judiciaire n’a officiellement communiqué sur les faits précis reprochés aux militants de la LUCHA Bunia. Ni le maire, ni l’auditorat militaire, ni le tribunal ne se sont exprimés pour étayer les charges ayant conduit à leur condamnation, laissant planer le spectre d’une justice expéditive et d’une détention arbitraire prononcée sur la base de motifs insuffisants. Comment ne pas s’interroger sur la régularité d’une procédure qui aboutit à condamner des manifestants pacifiques pour un crime aussi grave, sans que des éléments tangibles ne soient rendus publics ? Cette situation illustre les tensions persistantes entre le maintien de l’ordre et le respect des libertés fondamentales en République démocratique du Congo, particulièrement dans les provinces sous régime d’exception.

La libération des trois militants d’Ituri, intervenue après l’exécution de leur peine légère, ne saurait effacer les questions qui demeurent quant à l’usage disproportionné de la justice militaire pour réprimer la contestation citoyenne. Alors que la RDC s’est engagée à renforcer l’État de droit, ce cas rappelle que les mécanismes de protection contre l’arbitraire restent fragiles. Les proches des activistes, tout en accueillant leur retour avec soulagement, continuent d’exiger la transparence sur les motivations réelles de cette incarcération qui, au-delà de l’épilogue judiciaire, aura marqué un nouvel épisode de la lutte pour la justice en RDC.

Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd

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