Un coup de feu a déchiré le silence du parc national des Virunga. La semaine dernière, un éléphant a été abattu par des braconniers, ses précieuses défenses sciées dans l’indifférence d’une loi qui sommeille. Ce nouvel assassinat, loin d’être un accident, illustre la guerre ouverte que livrent les trafiquants d’ivoire aux espèces protégées en République démocratique du Congo. Le jour même où le monde célèbre, ce 11 mai, la Journée mondiale des espèces menacées, l’environnementaliste Gédéon Bakerethi, acteur de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), lance un cri d’alarme : « La loi est claire, mais elle n’est pas mise en œuvre. »
La RDC, poumon vert de l’Afrique, abrite une méga-biodiversité qui fait sa fierté et celle de l’humanité. Mais ce trésor vivant est en train de s’éroder sous les assauts répétés du braconnage. Chaque éléphant tué, c’est un maillon d’un équilibre millénaire qui se brise. Et ce ne sont pas seulement les majestueux pachydermes qui paient le prix fort : l’ensemble des écosystèmes se meurt dans l’indifférence d’un commerce illégal qui prospère grâce à une impunité quasi totale.
En théorie, l’arsenal juridique congolais est pourtant explicite. L’article 68 de la Loi sur la conservation de la nature prévoit des sanctions sévères : toute personne qui tire, blesse, capture ou commercialise un animal totalement protégé est passible de poursuites, avec des peines allant d’une année à vingt ans de prison. Mais entre les textes et la réalité, un gouffre s’est creusé. Les sanctions pénales contre le braconnage restent lettre morte, nourrissant un sentiment d’immunité chez les criminels.
« Il est temps de sortir de l’impunité », martèle Gédéon Bakerethi, basé à Goma, au Nord-Kivu. Pour lui, chaque jour qui passe sans application effective de la loi est un encouragement tacite pour les réseaux de trafic d’ivoire. Ces réseaux, souvent transnationaux, transforment le parc des Virunga en un champ de tir ouvert où les espèces protégées tombent comme des cibles faciles. Combien d’éléphants devront encore être abattus avant que l’État ne brandisse véritablement l’arme répressive ?
La situation est d’autant plus alarmante que le parc national des Virunga, classé au patrimoine mondial, est un sanctuaire censé être un havre de paix pour une faune exceptionnelle. Y voir un éléphant abattu en plein XXIe siècle a valeur de symbole. Cela signifie que même les zones censées être les mieux protégées sont devenues des pièges mortels. Le braconnage des espèces protégées en RDC n’est plus une menace diffuse, c’est une plaie béante qui gangrène les efforts de conservation.
Pour l’UICN, la Journée mondiale des espèces menacées doit servir de déclic. L’organisation appelle les autorités à transformer les mots en actes, à traquer les trafiquants et à les punir sévèrement. L’application stricte des sanctions pénales n’est pas une option, mais une nécessité vitale si l’on veut éviter que les forêts congolaises ne deviennent des cimetières silencieux. Asphyxiés par le commerce du sang et de l’ivoire, l’avenir des écosystèmes du bassin du Congo se joue maintenant.
Alors, qu’attendons-nous ? La réponse ne peut plus être le silence. Chaque cartouche de braconnier qui détonne est un camouflet à la loi. Chaque défense exportée clandestinement est une cicatrice indélébile sur le patrimoine naturel de l’humanité. Il est temps d’agir, de faire de la loi une réalité vivante, et non une relique poussiéreuse. Car sans une justice implacable contre le trafic d’ivoire en RDC, bientôt, il n’y aura plus que des fossiles pour témoigner de la splendeur passée du royaume des éléphants.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: radiookapi.net
