Chaque averse est une sentence. À Mbuji-Mayi, dans la commune de Kanshi, l’érosion ne pardonne pas. En ce moment même, des centaines de familles retiennent leur souffle, les yeux rivés sur les flancs instables du ravin Tubondo, cette mâchoire géante qui grignote inexorablement le cœur de la ville. La terre semble s’y dérober sous les pieds des habitants, engloutissant habitations et souvenirs, remplaçant les foyers par des abîmes.
Le diagnostic est sans appel : une catastrophe naturelle au Kasaï-Oriental est en cours, et elle isole dangereusement la Kanshi du reste de Mbuji-Mayi. Dans les quartiers 1 et 2, les témoignages convergent, emplis d’effroi. Des dizaines de maisons ont déjà disparu dans les gouffres béants. Des familles entières, devenues locataires du jour au lendemain, errent à la recherche d’un refuge précaire. « La progression des têtes de ravins est comme un cancer qui dévore le quartier, sans répit », confie Athanase Kabuya, un résident éprouvé. Le ravin de Tubondo est devenu le bourreau de ces lieux.
Comment expliquer ce désastre ? Le mal est à la fois naturel et humain. Les sols de la Kanshi, constitués de briques adobe, sont par essence friables. Mais la véritable bombe hydraulique vient des puissants flux d’eaux de ruissellement déversés par les installations minières de la MIBA, accélérant l’érosion Mbuji-Mayi de manière exponentielle. Chaque orage transforme ces ruissellements en lames de fond qui scient les fondations et aggravent les cicatrices dans le paysage.
Et comme si ce tableau apocalyptique ne suffisait pas, l’appât du diamant vient ajouter une folie destructrice. Des creuseurs clandestins à Mbuji-Mayi s’attaquent aux flancs mêmes du ravin Tubondo, grattant les parois à mains nues, inconscients du danger. Cette extraction illégale, véritable suicide écologique collectif, déstabilise un peu plus le terrain, précipitant les éboulements. « Ces hommes transforment un drame en tragédie », alertent des sources locales, impuissantes face à cette ruée aveugle. Le ravin Tubondo n’est plus seulement une plaie, c’est une poudrière dont chaque coup de pioche peut déclencher l’explosion.
Les conséquences dépassent l’engloutissement des habitations. L’enclavement de ces quartiers les condamne à une mort sociale. Isolés du monde, les résidents vivent dans une zone de non-droit où l’insécurité prospère sur le terreau du chaos. Les voleurs y rôdent, assurés de l’impunité. La santé des plus vulnérables est confisquée par la géographie : pour évacuer une femme enceinte, il faut désormais entreprendre un périple éreintant, un calvaire qui se mesure en heures de galère et en vies menacées. L’érosion Kanshi ne détruit pas que les murs ; elle ronge la dignité.
Ce drame silencieux, cette catastrophe naturelle au Kasaï-Oriental, n’est pourtant pas une fatalité. Il interpelle la conscience collective, et surtout l’action urgente des autorités provinciales et nationales. Canaliser les eaux, stabiliser les ravins par des ouvrages adaptés, empêcher l’activité suicidaire des creuseurs clandestins : des solutions existent, mais elles exigent volontarisme et moyens. La population de la Kanshi tend les mains vers un avenir qui ne soit pas un précipice.
L’heure est grave. La commune de Kanshi, artère vitale de Mbuji-Mayi, est en train de s’effilocher sous nos yeux, emportée par la fureur conjuguée de la pluie et de la cupidité humaine. Combien de maisons faudra-t-il encore voir disparaître pour que l’on réagisse ? Laissons-nous le ravin Tubondo dicter sa loi, ou allons-nous finalement décider de sauver ce qui peut l’être ? La réponse à cette question déterminera si Mbuji-Mayi restera une ville, ou deviendra une collection d’îlots condamnés.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: radiookapi.net
