Elles accueillaient près de deux mille élèves chaque année, dans l’espoir d’un avenir meilleur. Aujourd’hui, les écoles primaires Tubondo et Saint-Léonard, à Mbuji-Mayi, dans la province du Kasaï-Oriental, sont en train de disparaître, littéralement englouties par la terre qui se dérobe sous leurs fondations. Une menace silencieuse mais implacable : l’érosion, avec ses trois têtes de ravins qui progressent chaque jour un peu plus, dévorant les bâtiments, les salles de classe et les rêves de centaines d’enfants.
Dans la commune de Kanshi, au quartier Tubondo, le spectacle est désolant. Là où se dressaient des murs solides, il ne reste souvent qu’un vide béant. Un bâtiment de quatre salles de classe a déjà été entièrement englouti. Le bureau administratif de l’EP Tubondo a également été avalé par ces ravins voraces. « Il y a un bâtiment de quatre salles qui est déjà englouti. Le bureau administratif de l’EP Tubondo a aussi été emporté par cette catastrophe naturelle », alerte Nicolas Katambwa, directeur adjoint de l’EP Saint-Léonard, le regard plein d’impuissance.
Ces deux établissements, construits il y a plusieurs décennies, fonctionnent en double vacation : l’EP Tubondo le matin, Saint-Léonard l’après-midi. Ensemble, ils assurent l’éducation gratuite de près de deux mille enfants, conformément à la politique nationale de gratuité de l’enseignement. Mais aujourd’hui, cette mission est gravement compromise. Comment enseigner quand le sol se dérobe sous les pieds des élèves ? Comment étudier quand le bruit des fissures qui s’élargissent couvre la voix du maître ?
Face à cette urgence, les responsables scolaires tentent de s’adapter tant bien que mal. Des mesures de sécurité sont mises en place pendant les récréations : les enfants sont tenus à l’écart des zones les plus fragiles. En cas de fortes pluies, les cours sont carrément suspendus. Une mesure de bon sens, mais qui ne fait que repousser l’inéluctable. Car l’érosion, elle, ne suspend jamais sa progression. Chaque saison des pluies aggrave la situation, transformant les ravins en véritables gouffres.
Le phénomène n’est pourtant pas nouveau. Le président du Conseil communal de Kanshi, Jean Mbenga, avait déjà tiré la sonnette d’alarme le 31 janvier dernier, lors d’une cérémonie officielle. Il avait alors placé la lutte contre l’érosion parmi les priorités urgentes de la commune. Mais depuis, les promesses se sont évaporées comme l’eau de pluie dans ces sols fragiles. Les ravins, eux, continuent d’avancer, insouciants des appels à l’aide.
Les causes de cette catastrophe ? Un mélange explosif de pluies diluviennes, de défaut d’infrastructures de drainage et d’urbanisation anarchique. À Mbuji-Mayi, comme dans nombreuses villes du Kasaï-Oriental, les constructions se font souvent sans respect des normes environnementales. Les eaux de ruissellement, n’ayant nulle part où aller, creusent la terre meuble, créant ces ravins qui dévorent tout sur leur passage. La nature, fragilisée par l’action humaine, se venge de la plus terrible des manières.
Aujourd’hui, ce sont les écoles Tubondo et Saint-Léonard qui paient le prix fort. Demain, ce sera au tour d’autres quartiers, d’autres infrastructures. Les responsables des deux établissements lancent un appel pressant aux autorités provinciales et nationales : une intervention rapide et efficace est indispensable pour stopper l’avancée des ravins. Il en va de la survie de ces écoles publiques, symboles de la gratuité de l’éducation promise par le gouvernement.
Combien de temps encore les enfants de Kanshi devront-ils étudier au bord du gouffre ? Combien de classes faudra-t-il perdre avant que des mesures concrètes soient prises ? L’érosion n’attend pas, et les ravins, eux, creusent chaque jour un peu plus le tombeau de l’espoir scolaire à Mbuji-Mayi.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: radiookapi.net
