Que valent les louanges quand on les mesure à l’aune des attentes populaires ? À Kinshasa, le baromètre LES POINTS a livré son verdict : 78% d’approbation pour la gouvernance de Judith Suminwa. Un score qui ferait pâlir d’envie plus d’un chef d’État. Mais derrière ce chiffre flatteur, se cache une réalité politique qu’il convient d’examiner sans complaisance.
Réalisée du 22 au 23 avril 2026 dans la capitale congolaise, cette enquête d’opinion publique du Baromètre LES POINTS dresse un portrait a priori flatteur de l’action gouvernementale. Les répondants saluent une méthode de travail structurée, des résultats concrets et mesurables. Le pilotage par la Première ministre est perçu comme rigoureux : déclinaison opérationnelle de la vision du Chef de l’État, plans d’actions clairs, indicateurs de performance et suivi régulier. Coordination, redevabilité et obligation de résultats seraient désormais les marqueurs de ce style de gouvernance résultats.
Sur le plan économique, plusieurs mesures phares emportent l’adhésion. Le budget 2026, estimé à plus de 59 000 milliards de francs congolais, est présenté comme un tournant, avec un accent fort sur la sécurité, l’agriculture et les infrastructures. La numérisation des finances publiques, via le Guichet unique du commerce extérieur et le paiement des fonctionnaires par mobile money, renforce l’image d’un État plus transparent et efficace. La stabilité macroéconomique, grâce à une coordination étroite avec la Banque centrale, est également saluée : maîtrise de l’inflation, résilience du franc congolais, restauration progressive de la confiance des ménages et des investisseurs. L’augmentation du PIB nominal, qui place la RDC au rang de cinquième économie africaine selon le FMI, est perçue comme un signal fort.
Mais faut-il pour autant crier au miracle ? L’enquête, si elle est encourageante, n’en soulève pas moins des questions. D’abord, elle ne couvre que Kinshasa, laissant dans l’ombre les perceptions des populations rurales et des provinces éloignées. Ensuite, le chiffre de 78% d’approbation peut-il être durable dans un contexte où les défis sécuritaires, notamment dans l’Est du pays, restent entiers ? Les acquis économiques, bien que réels, sont-ils suffisamment profonds pour résister à un choc exogène ?
L’opposition, pour l’instant silencieuse, pourrait bien trouver dans ces nuances une brèche. Certains analystes pointent déjà le risque d’un « effet d’aubaine » lié à une embellie conjoncturelle. D’autres rappellent que la confiance des investisseurs reste fragile et que la diversification économique, bien qu’affichée comme priorité, peine à se matérialiser dans des secteurs porteurs hors des mines.
Quoi qu’il en soit, le gouvernement Suminwa dispose désormais d’un capital politique non négligeable. Reste à savoir si cette popularité se traduira par des réformes structurelles audacieuses ou si elle s’étiolera face aux pesanteurs bureaucratiques et aux pressions partisanes. Le baromètre LES POINTS a parlé ; aux décideurs de faire en sorte que la musique ne s’arrête pas.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
