AccueilActualitéPolitiqueDelly Sessanga accuse Tshisekedi de brader la souveraineté nationale

Delly Sessanga accuse Tshisekedi de brader la souveraineté nationale

Le débat sur la souveraineté nationale refait surface en République démocratique du Congo, porté par une voix critique de l’opposition. Delly Sessanga, président du parti Envol et ancien candidat à la présidentielle de 2023, a violemment pris à partie le chef de l’État, Félix Tshisekedi, au sujet d’un accord migratoire conclu avec les États-Unis. Selon lui, cet arrangement transforme la RDC en un « dépotoir » destiné à exécuter la politique migratoire et sécuritaire de Washington, au mépris de l’indépendance nationale.

Dans une intervention vidéo d’environ quatre minutes, le leader d’Envol s’est indigné de ce que Kinshasa accepte de recevoir des migrants expulsés du territoire américain. Il a souligné que la RDC, déjà sinistrée par des décennies de crises sécuritaires et humanitaires, n’a ni les moyens ni la légitimité de gérer des profils que les États-Unis eux-mêmes jugent potentiellement dangereux. « D’où tirez-vous l’assurance que des personnes jugées menaçantes pour la sécurité nationale des États-Unis pourraient être prises en charge sans risque par la RDC ? », interroge-t-il, pointant du doigt les capacités limitées des FARDC, de la PNC, de l’ANR, de la DGM et du Conseil national de cybersécurité.

L’accord migratoire États-Unis-RDC, présenté comme temporaire et financé par Washington, prévoit que Kinshasa serve de zone de transit pour des migrants en situation irrégulière. Ceux-ci, munis d’un titre de court séjour, sont censés regagner leurs pays d’origine. Mais le dispositif s’est déjà heurté à une première vague de contestations. Plus de 1 100 Afghans, hommes, femmes et enfants, actuellement à Doha, ont rejeté le projet de transfert vers la RDC. Ils dénoncent une décision arbitraire qui les expose à une nouvelle insécurité dans un pays sans attaches familiales ni repères linguistiques, et appellent les États-Unis à respecter leurs engagements pris durant la guerre en Afghanistan.

Delly Sessanga va plus loin en évoquant un risque de déportation, depuis Doha vers Kinshasa, d’Afghans ayant combattu aux côtés des forces américaines entre 2001 et 2021. Il voit dans cette perspective un paradoxe frappant : les États-Unis, dotés du FBI et de la CIA, refusent d’accueillir ces individus pour des raisons de sécurité, tandis que la RDC, aux moyens nettement inférieurs, serait censée en assurer la gestion. « La solidarité ne se décrète pas sur un plateau de télévision au détriment de la souveraineté et de l’indépendance nationales », a-t-il lancé à l’adresse de la Première ministre, Judith Suminwa.

La question de la souveraineté nationale se trouve ainsi au cœur de la controverse. L’opposant accuse Félix Tshisekedi d’ajouter une nouvelle source d’insécurité dans un pays déjà fragilisé sur l’ensemble de son territoire. Il en appelle au sens du serment présidentiel : « Le Congo n’est ni à vendre ni une poubelle à louer au monde. Arrêtez cette politique, Monsieur Tshisekedi. Revenez au sens de votre serment en ne vous laissant guider que par l’intérêt général et en consacrant toutes vos forces à la préservation de l’indépendance nationale. »

Cette critique de l’opposition congolaise intervient dans un contexte où d’autres États, comme la Colombie, dénoncent un traitement « ostracisant » de leurs ressortissants. Bogota a demandé le rapatriement immédiat des Colombiens arrivés à Kinshasa la semaine dernière, ajoutant une pression diplomatique sur l’exécutif congolais. La gestion de l’accord migratoire États-Unis-RDC devient ainsi un enjeu politique sensible, susceptible de fragiliser davantage la majorité parlementaire de Félix Tshisekedi, déjà mise à l’épreuve par les divisions internes et la crise sécuritaire à l’Est.

Alors que les prochains mois verront une intensification des débats sur l’indépendance nationale et la coopération internationale, l’opposition semble déterminée à capitaliser sur ce dossier. Delly Sessanga, en particulier, entend maintenir la pression sur le chef de l’État, l’accusant de brader les intérêts du pays pour satisfaire des impératifs étrangers. La question demeure : jusqu’où le gouvernement sera-t-il prêt à aller pour sauver cet accord, et à quel prix pour la souveraineté congolaise ?

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

Commenter
Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
Actualité Liée

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici


Actualité Populaire Liée

Actualité Populaire RDC

Résumé de l'actualité quotidienne

Le Brief du Jour du 26 Avril 2026

Le Brief du Jour du 26 avril 2026 revient sur l’hommage vibrant à Papa Wemba, les dangers de l’automédication à Bunia, la lutte contre le paludisme à Kinshasa, la pollution sonore à Kapela, le reboisement mené par la MONUSCO, une avancée dans la réglementation des taxis-motos et le dynamisme du FELIBI à Kinshasa. À lire pour décrypter l’essentiel de l’actualité congolaise en moins de 3 minutes.

Derniers Appels D'offres

Derniers Guides Pratiques