AccueilActualitéSociétéTravailleurs domestiques RDC : LA CLÉ s'oppose à une nouvelle loi

Travailleurs domestiques RDC : LA CLÉ s’oppose à une nouvelle loi

Maman Véronique, 48 ans, est nounou à Kinshasa depuis plus de quinze ans. Chaque matin, elle quitte la petite pièce qu’elle loue à Bandalungwa pour rejoindre la résidence de son employeur, où elle s’occupe des enfants, fait le ménage et prépare les repas. Un labeur sans relâche, payé 50 000 francs congolais par mois, soit à peine 20 dollars. « On ne m’a jamais parlé de contrat, ni de congés payés. Je fais confiance, mais si je tombe malade, qui paiera ? », confie-t-elle, la voix empreinte d’inquiétude.

Le sort de Véronique est celui de milliers de travailleurs domestiques en RDC, souvent invisibles aux yeux de la loi. Alors qu’une proposition de loi visant à réviser le code du travail congolais pour mieux protéger ces employés vient d’être déposée à l’Assemblée nationale, la réaction du syndicat LA CLÉ ne s’est pas fait attendre : une douche froide. Pour cette organisation, point de salut dans un nouveau texte ; la solution est ailleurs.

« Pourquoi légiférer sur ce qui existe déjà ? » La question, lancée par le président de LA CLÉ, José Kadima, résonne comme un défi lancé aux députés. Le syndicat rappelle que les domestiques, nounous et chauffeurs sont déjà couverts par l’article 1ᵉʳ du code du travail congolais, qui ne fait aucune distinction entre les catégories de salariés. L’absence d’un contrat écrit ne change rien : l’article 44 instaure une présomption de contrat à durée indéterminée, conférant ainsi une protection légale automatique. « Ce ne sont pas les lois qui manquent, c’est leur application qui est défaillante », martèle-t-on du côté de LA CLÉ.

Et les chiffres donnent raison au syndicat. Le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) en RDC est fixé à 21 500 francs congolais par jour, soit environ 9 dollars. Pourtant, qui le respecte ? Dans les foyers kinois, la pratique est souvent bien éloignée de ce seuil. La proposition de loi, portée par le député Prince Kangila Kawele, entendait justement corriger ces inégalités en matière de rémunération, de soins de santé et d’avantages sociaux. Mais pour LA CLÉ, le remède est pire que le mal : une loi spécifique créerait une fragmentation du code du travail, avec le risque de multiplier les régimes dérogatoires et d’affaiblir la protection globale des salariés.

Pis encore, le syndicat craint une manœuvre politicienne déconnectée des urgences réelles du monde du travail en RDC. À l’heure où le télétravail brouille les frontières entre vie professionnelle et privée, où l’inspection du travail demeure quasi absente sur le terrain, et où les mandats syndicaux ne sont pas clairement encadrés, est-il pertinent de se pencher sur une loi qui doublerait des textes existants ? « Où sont les textes sur le droit numérique, sur la sous-traitance, sur la durée des mandats syndicaux ? » s’interroge José Kadima. Le message est clair : l’Assemblée nationale gagnerait à s’attaquer aux vrais chantiers plutôt que de réinventer la roue.

En attendant, les Véronique du pays continuent de trimer dans l’ombre, ignorant souvent leurs droits. Le constat est amer : les arrêtés ministériels sur les heures supplémentaires datent de 1968, celui sur la sécurité sociale des domestiques de 1961. Ces textes poussiéreux méritaient-ils une cure de jouvence plutôt qu’une nouvelle loi ? Pour LA CLÉ, la réponse est oui : actualiser les mesures réglementaires existantes suffirait à intégrer les réalités d’aujourd’hui.

Au-delà des querelles juridiques, c’est une question de dignité qui se pose. Le travail domestique, majoritairement exercé par des femmes, demeure un angle mort des politiques publiques en RDC. La proposition de loi a au moins eu le mérite de braquer les projecteurs sur ces invisibles. Reste à savoir si la lumière débouchera sur une amélioration concrète de leurs conditions de vie ou sur un simple effet d’annonce. L’histoire jugera.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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