« On a tout perdu, et aujourd’hui on nous chasse comme des bêtes », lâche Maman Nyota, la gorge nouée, en serrant contre elle un enfant fiévreux. Devant le Palais du Peuple, une centaine de sinistrés des pluies d’avril 2025 à Kinshasa ont érigé des abris de fortune, guettant un geste de l’État qui ne vient jamais. Chassés, dispersés, ils reviennent comme une plaie que la République refuse de panser.
Un an après les inondations meurtrières qui ont submergé la capitale, la situation humanitaire en RDC reste explosive. Ce vendredi 15 mai 2026, lors de la 89e réunion du Conseil des ministres présidée par le Chef de l’État Félix Tshisekedi, la ministre d’État Ève Bazaiba a livré un état des lieux glaçant. Inondations à Kolwezi, vents violents à Tshikapa, et surtout la persistance des déplacements au Nord-Kivu : la carte du pays se tisse de drames superposés.
La note d’information présentée par Ève Bazaiba au Conseil des ministres recense les alertes de la semaine du 3 au 9 mai. À Kolwezi, dans le Lualaba, des pluies diluviennes ont englouti des quartiers entiers, tandis qu’à Tshikapa, les rafales ont décoiffé des centaines de toits. Mais ce sont les mouvements de populations qui inquiètent le plus : à Mamove, Malibo, Butuhe, Kyondo, Gia Panda et Mangina, les violences armées continuent de pousser les familles sur les routes, dépouillées de tout. Des décennies de conflit sans solution durable.
Et pourtant, c’est à Kinshasa que le spectacle du dénuement devient un symbole. En novembre 2025, les sinistrés de Kinshasa 2025 sont réapparus aux abords de la Cité de l’Union africaine, presque sous les yeux du président. Aujourd’hui, ils se terrent devant le Parlement, comme pour rappeler aux élus que les promesses de relogement ne nourrissent pas les ventres vides. Comment expliquer un tel abandon ? Le gouvernement se félicitait-il vraiment d’avoir « désactivé les sites d’hébergement » alors que les victimes dormaient à même le bitume ?
La Voix des Sans-Voix pour les Droits de l’Homme (VSV) s’est rendue sur ces nouveaux sites spontanés. Le constat est sans appel : « Ces compatriotes sont abandonnés à leur triste sort et ne savent plus à quel saint se vouer », note l’ONG, qui réclame des solutions durables. Car si l’État a distribué quelques bâches et biscuits, le relèvement communautaire attendu tarde, laissant les plus vulnérables exposés à la prochaine catastrophe.
Ève Bazaiba l’a reconnu devant ses pairs : il faut des « solutions supplémentaires durables orientées vers le relèvement communautaire ». La formule est jolie, mais les mères comme Nyota ne mangent pas de rhétorique. Pendant ce temps, les pluies reviennent, les rivières menacent de sortir de leur lit, et les caniveaux bouchés par des déchets de l’indifférence annoncent déjà les prochains drames.
Où est la solidarité nationale quand des milliers de Congolais deviennent des réfugiés dans leur propre pays ? Les palabres des ministres suffiront-elles à sécher les larmes d’un enfant contraint de boire l’eau des flaques ? La RDC, riche de ses minerais et de son cœur immense, peut-elle encore accepter que ses fils et filles survivent sous des cartons mouillés ? Le Conseil a entendu les chiffres, mais la rue attend des actes.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
