AccueilActualitéSociétéIturi : quand un plan social mise sur l'agrobusiness pour la paix

Ituri : quand un plan social mise sur l’agrobusiness pour la paix

À Bunia, le soleil de midi tape fort sur la tête de jeunes désœuvrés qui traînent près du marché central. Parmi eux, Jean-Paul, 24 ans, serre un diplôme d’agronomie qui n’a jamais trouvé preneur. « J’ai appris à cultiver la terre, mais ici, sans moyens, on survit à peine », confie-t-il, le regard vide. Ce désespoir silencieux, des milliers de jeunes Ituriens le partagent. Alors que la province sort à peine de cycles de violences, une question brûle les lèvres : comment transformer cette frustration en espoir ?

C’est dans ce contexte que le Fonds national de promotion et de service social (FNPSS) a dévoilé un ambitieux plan social Ituri. Du 9 au 16 mai, sa directrice générale, Alice Mirimo, a sillonné Bunia pour une réunion de suivi et d’évaluation. L’objectif : poser les jalons d’un programme multisectoriel conçu comme une bouffée d’air pour une population à bout.

Le plan social Ituri ne se contente pas de promesses vagues. Il prévoit des réalisations concrètes : espaces récréatifs pour la jeunesse, aires de jeux, abattoirs modernes, et même un centre neuropsychiatrique pour prendre en charge les traumatismes laissés par les conflits. Mais le cœur du projet bat surtout au rythme de l’entrepreneuriat agrobusiness Ituri.

« Vous savez que l’Ituri a toujours été le grenier de la République, grâce à son potentiel agricole. Nous allons valoriser ce secteur à travers l’industrialisation agricole », a expliqué Alice Mirimo. Concrètement, deux centres de promotion de l’entrepreneuriat en agrobusiness vont voir le jour : l’un à Aru, l’autre à Bunia. Ils offriront formations, équipements et accompagnement pour que les jeunes comme Jean-Paul ne soient plus de simples cultivateurs de survie, mais de véritables entrepreneurs agricoles.

Ici réside peut-être l’étincelle qui pourrait rallumer la consolidation paix Ituri. Car en offrant des opportunités économiques, le FNPSS s’attaque aux racines du mal. Dans les rues de Bunia ou de Djugu, le chômage massif des jeunes a longtemps nourri le recrutement dans les groupes armés. « Sans emploi, on est une proie facile pour ceux qui promettent une vie meilleure avec une arme », témoigne un ancien milicien reconverti en vendeur de fruits. En substituant la houe et le plan d’affaires au fusil, le plan social Ituri pourrait désamorcer les tensions et retisser le lien social.

Mais entre les annonces et la réalité, le chemin est souvent semé d’embûches. Combien de fois les initiatives de ce type ont-elles été sabordées par la corruption ou le manque de suivi ? Les populations de l’Ituri ont appris à se méfier des slogans. « On nous a tant promis… », soupire une mère de famille qui n’a jamais vu l’abattoir moderne qu’on lui avait annoncé des années plus tôt. La réussite de ce plan dépendra de sa mise en œuvre effective, de l’implication des communautés locales et, surtout, d’une volonté politique constante.

Autre défi : l’insécurité persistante dans certains territoires comme Irumu ou Mambasa. Comment construire des centres d’entrepreneuriat quand les routes sont coupées et que les agriculteurs craignent pour leur vie ? Le FNPSS promet une extension progressive à toute la province, mais la paix reste le préalable à tout développement. C’est un cercle vicieux : sans paix, pas d’investissement ; sans investissement, la paix vacille.

Malgré ces incertitudes, le projet d’Alice Mirimo porte en lui une part d’audace. En misant sur l’agrobusiness, il rappelle que l’Ituri n’est pas seulement une terre de conflits, mais aussi une terre de promesses agricoles. La région pourrait redevenir ce grenier qui alimentait autrefois le pays, à condition que les jeunes puissent y trouver leur place. Jean-Paul, lui, y croit à moitié : « Si ce centre d’Aru ouvre vraiment, j’irai. Mais ils doivent nous montrer qu’ils ne font pas que parler. »

Au fond, ce plan social Ituri est un test grandeur nature pour la consolidation paix Ituri. Il incarne la conviction que l’emploi et l’inclusion sont les meilleurs antidotes à la violence. À l’heure où la province se reconstruit, il ne suffira pas de poser des premières pierres ; il faudra accompagner chaque jeune, chaque femme, chaque communauté pour qu’ils deviennent acteurs de leur propre avenir. L’enjeu dépasse les frontières de l’Ituri : c’est un modèle pour une RDC qui cherche à transformer ses matières premières humaines en force productive et pacifique.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

Commenter
Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
Actualité Liée

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici
Are you human? Please solve:Captcha


Actualité Populaire Liée

Actualité Populaire RDC

Résumé de l'actualité quotidienne

Le Brief du Jour du 18 Mai 2026

Ituri en zone rouge face à Ebola : le gouvernement multiplie centres et matériel alors que les décès s’accumulent et le trafic frontalier est suspendu. Goma, frappée par un cas, mobilise la rébellion AFC-M23 pour une riposte précaire. À Kinshasa, le débat sur la révision constitutionnelle divise la classe politique, Denis Mukwege lance un cri d’alarme démocratique. Le procès très attendu des miliciens Kamuina Nsapu s’ouvre au Kasaï. L’Ituri subit en parallèle une prise d’otages dramatique à la frontière, tandis que l’école congolaise intègre le « Genocost » pour bâtir une mémoire citoyenne. Un condensé d’actu — santé, sécurité, justice, politique et mémoire nationale — à suivre chaque soir dans Le Brief du Jour.

Derniers Appels D'offres

Derniers Guides Pratiques