Chaque matin, le même rituel : des dizaines de jeunes désœuvrés s’agglutinent le long de l’avenue du Marché, à Bunia, scrutant l’horizon avec un mélange d’ennui et d’espoir. Parmi eux, Jean-Paul, 26 ans, diplômé en agronomie, se lève depuis trois ans sans perspective. « Mon diplôme n’a servi à rien. Je veux cultiver, mais où ? », confie-t-il, amer. Ce triste constat, l’Administratrice directrice générale du Fonds national de promotion et de service social (FNPSS), Alice Mirimo, est venue le mesurer lors de son séjour du 9 au 16 mai à Bunia. Une visite qui pourrait marquer un tournant : un plan social structurant, multisectoriel, est en préparation pour tenter de répondre aux défis abyssaux de la province.
L’ambition affichée donne le vertige. Espaces de loisirs pour les jeunes, aires de jeux pour les enfants, abattoirs modernes pour structurer la filière viande, mais surtout un centre neuropsychiatrique – une première dans une région où les traumatismes de guerre et les troubles mentaux restent des réalités taboues. « Ce centre neuropsychiatrique en Ituri est une réponse à une détresse invisible qui ronge des milliers de familles », expliqueront les promoteurs. Le programme prévoit aussi l’installation d’un centre à Aru, aux confins de la province, avant une extension vers d’autres territoires. Un maillage territorial qui vise à ne laisser personne au bord du chemin.
Mais c’est sur le front de l’agrobusiness que les attentes sont les plus fortes. L’Ituri, ancien grenier de la République, regorge de terres volcaniques propices au café, au cacao et à l’huile de palme, pourtant cruellement sous-exploitées. Le plan du FNPSS entend créer des centres de promotion de l’entrepreneuriat en agrobusiness à Aru et à Bunia. « Nous allons passer à l’industrialisation agricole », a martelé Alice Mirimo, promettant de transformer la production brute en emplois durables. De quoi donner un sens aux diplômes des jeunes agronomes et offrir une alternative crédible à l’exode vers les mines ou le recrutement par des groupes armés.
Car derrière les tracteurs et les semences se joue un pari encore plus important : celui de la consolidation de la paix. « En offrant des opportunités économiques, en réduisant le chômage, on tarit les sources de frustration qui alimentent les conflits », a souligné l’ADG. Un raisonnement que partagent de nombreux experts : quand un jeune gagne sa vie honnêtement, il devient un acteur de stabilité plutôt qu’un combattant potentiel. L’équation est simple, mais sa résolution, dans une province meurtrie par deux décennies de violences, promet d’être complexe.
Et les habitants, échaudés par les promesses non tenues, restent sur leurs gardes. « On nous a déjà annoncé des projets titanesques qui n’ont jamais dépassé le stade de la maquette », soupire Jean-Paul. La réussite de ce plan social reposera sur un suivi rigoureux et des financements conséquents. Le défi est immense, mais l’espoir, pour la première fois depuis longtemps, ose murmurer qu’un autre Ituri est possible. Une province où un centre neuropsychiatrique n’est pas un luxe mais un droit, où un abattoir moderne redonne dignité aux éleveurs, et où les jeunes cultivent l’avenir plutôt que l’incertitude.
L’histoire retiendra-t-elle ce plan comme un tournant décisif ou comme une énième liste d’intentions ? La réponse se trouve dans les actes à venir. Mais en attendant, les regards se tournent vers Bunia, avec le secret espoir que cette fois, le changement ne soit pas qu’un mot.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
