« Nous sommes dans le besoin urgent de la construction d’une source d’eau potable dans notre cellule. » Les mots de Charline Kahindo, résidente de Sibatu dans le quartier Mambango à Beni, claquent comme une déflagration. Depuis plus de deux ans, la pénurie d’eau potable à Beni plombe le quotidien de milliers de personnes. Ici, pas de robinet, pas de forage, juste une source à ciel ouvert, cachée sous une palmeraie. Les habitants, munis de casseroles et de bidons, s’y pressent chaque jour pour recueillir un filet d’eau trouble. Un spectacle d’un autre âge dans une ville en pleine expansion.
La source de Sibatu est un filet d’eau qui surgit du sol, vulnérable à toutes les contaminations. Quand il pleut, les eaux de ruissellement charrient boue, déchets et excréments, transformant l’unique point d’approvisionnement en un bouillon infectieux. Et quand le soleil brille, la poussière et les insectes s’invitent à la surface. « De fois, vous trouvez les enfants qui jouent dans cette source d’eau », déplore Charline, une amertume dans la voix. Ces jeux innocents, pourtant, portent atteinte à la santé de toute une communauté. Comment tolérer que des gamins s’ébattent dans l’eau que leurs mères vont utiliser pour préparer le repas ?
Le danger est immédiat. Les maladies hydriques à Beni menacent de s’installer durablement. Sans eau potable, le choléra et la fièvre typhoïde, ces fléaux liés à l’insalubrité, pourraient bientôt transformer cette crise sociale en tragédie sanitaire. Chaque gorgée d’eau non traitée est un risque supplémentaire pour des organismes déjà fragilisés par la malnutrition. Les habitants du quartier Mambango en sont conscients, et leur angoisse grandit. Pourtant, aucune source d’eau potable en RDC n’a été aménagée pour les soulager. Un constat amer qui en dit long sur le mépris des pouvoirs publics.
Ce qui sidère, c’est l’absence totale d’infrastructures. Mambango, un quartier récemment sorti de terre, reflète l’urbanisation galopante qui dévore la périphérie de Beni. Mais cette croissance démographique s’opère dans un néant hygiénique. Aucun réseau n’est connecté à la REGIDESO, et aucun projet d’adduction d’eau n’a été pensé par les édiles. Le Nord-Kivu manque d’eau potable, et ici, dans ce coin oublié de la province, la soif est devenue un compagnon quotidien. Le chef de cellule a pourtant alerté sa hiérarchie, mais ses cris sont restés sans écho. Jusqu’à quand faudra-t-il attendre ?
L’appel lancé lundi 18 mai n’est qu’un énième SOS. Les habitants réclament l’aménagement d’une source digne, un captage protégé qui épargnerait leurs enfants des maladies. Mais au-delà de Mambango, c’est toute la problématique de l’accès à l’eau dans les zones urbaines en RDC qui est posée. À Beni, comme ailleurs au Nord-Kivu, l’eau potable reste un luxe pour beaucoup, et les autorités traînent les pieds. La société civile monte au créneau, mais sans moyens, elle se heurte à un mur d’indifférence. Les habitants de Mambango, eux, continuent d’errer vers la palmeraie, casseroles à la main, victimes d’une négligence criminelle. Qu’attend-on pour agir ?
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
