Dans la pénombre du Théâtre Barnabé de Servion, un silence lourd précède l’irruption des corps. Et soudain, les voilà qui surgissent, mécaniques et pourtant si humains. Les danseurs-comédiens du spectacle Robot Kinshasa déploient leurs membres comme des automates imprégnés d’âme, esquissant une danse où le ndombolo épouse les rouages d’une horlogerie débridée. Ce soir des 29 et 30 mai, la Suisse ne va pas simplement applaudir un show : elle va recevoir en plein cœur une onde de choc artistique venue de Kinshasa.
Fruit d’une collaboration Suisse RDC théâtre aussi audacieuse que rare, ce Robot Kinshasa spectacle est l’adaptation très libre de la pièce « Les Robots », créée en 2009 par le metteur en scène suisse Christian Denisart. Mais comme le confie l’équipe, la version congolaise y ajoute « une sauce qui manquait à la première version » – comprendre : les saveurs brutes de Kinshasa, ses rythmes, ses corps en transe et cette ingéniosité de la récupération qui transforme un bidon en tambour et un geste en émotion pure.
Derrière cette mue scénique, on retrouve Christian Denisart Robot Kinshasa, qui signe une mise en scène épurée mais percutante, secondé par le chorégraphe congolais Dolsée Ngombo Way Way. Ensemble, ils ont tissé un univers où le théâtre Robot Kinshasa dépasse la performance technique pour devenir une quête sensorielle. Ici, pas de dialogues, pas de mots : les émotions passent intégralement par le corps, ses tensions, ses apaisements, ses explosions. De quoi faire de cette création un ovni dans le paysage scénique contemporain.
L’intrigue nous plonge dans l’intimité d’un inventeur génial reclus dans sa parcelle kinoise. Déçu par ses semblables, il peuple son quotidien de robots qu’il façonne de ses mains, comme autant de fragments de son humanité en déroute. Mais une femme doit venir, dernier fil ténu le reliant au monde. Alors que son atelier vibre de présences mécaniques, une question flotte : et si la machine, au fond, cachait ce qu’il reste de plus fragile en nous ?
Ce qui fascine dans ce danse théâtre Kinshasa, c’est la manière dont les interprètes empruntent aux danses traditionnelles – luba, mongo – comme aux danses urbaines – ndombolo, rumba, afro – pour créer un alphabet gestuel unique. Les comédiens deviennent rouages, pistons, circuits vivants. Leur virtuosité corporelle incarne le paradoxe d’une Afrique créative qui, sans moyens industriels, réinvente la technologie par le mouvement.
À Kinshasa, la récupération est un art de vivre. Le spectacle le transpose sur scène avec une audace bluffante : des décors faits de tôles ondulées, des lumières qui clignotent comme des enseignes de quartier, des costumes où le plastique et le métal rencontrent le pagne. Cette esthétique du « système D » habille les robots d’une vérité poignante et rappelle que la créativité la plus étincelante émerge souvent du manque. Le chorégraphe Dolsée Ngombo insuffle à ses danseurs des gestuelles hybrides qui évoquent aussi bien les rituels ancestraux que les battles de rue, formant une grammaire corporelle sidérante de précision.
La collaboration Suisse RDC théâtre qui donne naissance à ce Robot Kinshasa spectacle est aussi un pont jeté entre deux mondes. L’Europe et l’Afrique se regardent autrement : non plus dans un face-à-face hiérarchique, mais dans une conversation où Kinshasa apporte sa science du corps et son sens inné du récit. Pour la première fois, le Théâtre Barnabé devient le laboratoire d’une fusion artistique qui remet l’humain au centre, avec ses failles et sa poésie.
Alors que le spectacle s’achève dans un silence vibrant, une certitude demeure : Robot Kinshasa n’est pas un simple transfert culturel, c’est une naissance. Les corps mécaniques dansés par des artistes congolais résonnent comme un manifeste pour une humanité connectée à ses racines. Un spectacle rare, où le bruit des machines finit par murmurer à l’oreille des spectateurs les questions les plus intimes de notre époque.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Actualite.cd
