Dans la pénombre électrique d’une salle de projection kinoise, les murmures s’éteignent tandis que le premier rai de lumière traverse l’obscurité. C’est ce frisson collectif que promet de raviver le Festival du Film Européen RDC 2026. Pour sa dixième édition, du 23 mai au 6 juin, cet événement phare n’est plus une simple série de films européens Kinshasa : c’est une véritable odyssée cinématographique qui irriguera une dizaine de villes, de Lubumbashi à Beni, sous le thème « 10 ans de cinéma ».
Une décennie. Un cap qui force à se retourner sur le chemin parcouru. Comment un projet né d’une coopération culturelle a-t-il pu s’enraciner aussi profondément dans l’imaginaire congolais ? La réponse se cache peut-être dans l’audace d’un cinéma RDC en pleine effervescence, curieux de se frotter aux regards venus d’ailleurs. Organisé par l’Institut français de RDC, le festival s’est imposé comme un rendez-vous où les pellicules s’offrent en partage, sans barrière de billetterie. Cette année encore, plus d’une centaine de projections gratuites RDC décloisonneront l’accès au septième art, offrant aux spectateurs de Kolwezi, Kisangani ou Matadi la même émotion qu’aux habitués des salles obscures de la capitale.
La programmation se déploie en fragments sensibles. Vingt-trois films se distribuent entre comédies, animations, regards sur l’Afrique et voix de femmes. Autant de fenêtres ouvertes sur des mondes où le rire côtoie le drame. Que nous disent ces films européens Kinshasa de notre propre reflet ? « Kin ma belle » nous renvoie à l’âme bouillonnante de la ville, tandis qu’« Afrotopia » interroge le futur du continent. Les délires populaires des « Tuche » feront écho aux aspirations d’une classe moyenne rieuse, tandis qu’« Allah n’est pas obligé » plongera dans la brutalité des destins d’enfants-soldats. Cette mosaïque, loin d’être un simple catalogue, dessine un dialogue : que peut l’Europe raconter de l’Afrique, et que l’Afrique peut-elle s’approprier de ces récits ?
Le 10 ans festival film ne se contentera pas de diffuser des œuvres. Il mettra à l’honneur la transmission. Des professionnels du continent et du Vieux Continent animeront des ateliers de scénario, de lumière, d’animation. Une aubaine pour la jeune garde du cinéma RDC, ces talents qui affûtent leur regard derrière des caméras encore modestes. Quoi de plus précieux que de voir un maître du cadre expliquer comment la lumière sculpte la vérité d’un personnage ? Ces masterclasses, véritables laboratoires de création, pourraient bien faire naître les prochains cinéastes qui feront voyager les images de la RDC.
L’ouverture, le 23 mai, se fera sous le signe de l’étrange et du poétique avec « Un ours dans le Jura », un film où l’absurde tutoie l’émotion. La clôture, le 30 mai, sera un point d’orgue festif : après la projection du long-métrage « Sirãt », les pulsations d’un DJ set envahiront l’Institut français, mêlant la vibration des images à celle des corps en mouvement. Un final qui résume l’esprit du festival : le cinéma n’est pas un art figé, c’est une expérience vitale, un échange incessant entre le regard et le monde.
Alors que la décennie s’achève, une question s’impose : et si ce festival était plus qu’un anniversaire ? Peut-être la preuve que la culture, lorsqu’elle se fait gratuite et voyageuse, peut redessiner les cartes de l’imaginaire collectif. En deux semaines, les projections gratuites RDC feront plus que peupler des salles : elles s’infiltreront dans les conversations, allumeront des vocations, et rappelleront que le cinéma, ce langage universel, parle à chaque rue, chaque visage, chaque rêve congolais.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Eventsrdc
