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Éducation en RDC : Raïssa Malu à l’UNESCO pour défendre la gratuité scolaire, un transfert de plus d’un milliard $

Alors que l’UNESCO sonne l’alarme sur les inégalités éducatives persistantes dans le monde, la République démocratique du Congo prend la parole sur la scène internationale pour défendre son modèle. Mais derrière les discours, quelle est la réalité concrète de l’accès à l’école pour les enfants congolais ? La ministre Raïssa Malu, présente à Paris pour le lancement du Rapport mondial de suivi sur l’éducation 2026, a présenté la vision congolaise où le financement de l’éducation est avant tout un « outil de justice sociale ».

Cette participation intervient à un moment crucial. Le rapport de l’UNESCO, premier d’une série intitulée « Compte à rebours vers 2030 », dresse un état des lieux sans concession sur les progrès en matière d’accès et d’équité. Pour la RDC, les défis sont immenses, mais le gouvernement met en avant une réforme phare : la gratuité de l’enseignement primaire. Selon Raïssa Malu, cette politique, progressivement étendue, constitue « l’un des plus importants mécanismes de redistribution ou justice sociale du pays ».

Les chiffres avancés sont parlants. Avant cette réforme, le financement de l’éducation en RDC était « privatisé de fait » par les familles à hauteur de 73%, selon des analyses croisées. Le passage à la gratuité représenterait ainsi un transfert de pouvoir d’achat vers les ménages estimé à plus d’un milliard de dollars par an. « La politique de transférer la charge financière des familles vers l’État a permis d’élargir significativement l’accès à l’école, en particulier pour les enfants issus de milieux défavorisés », a déclaré la ministre. Une affirmation qui soulève une question essentielle : cet afflux d’élèves s’accompagne-t-il des infrastructures et des enseignants nécessaires pour garantir une éducation de qualité ?

Au-delà de cette mesure emblématique, la ministre a détaillé d’autres leviers actionnés par Kinshasa pour promouvoir l’équité scolaire. Elle a notamment évoqué des programmes de bourses spécifiquement conçus pour soutenir l’éducation des filles et leurs familles, visant à réduire les inégalités de genre. Le programme national d’alimentation scolaire a également été présenté comme un moyen de lutter contre la déscolarisation, en particulier dans les zones les plus pauvres. Ces initiatives ciblées sont-elles suffisantes pour contrer des décennies de disparités régionales et sociales ?

Le contexte congolais ajoute une couche de complexité. Dans les provinces en proie aux conflits et aux déplacements de population, garantir un accès continu à l’éducation relève du défi permanent. Raïssa Malu a reconnu cette réalité en évoquant les stratégies déployées, comme la création d’espaces temporaires d’apprentissage. Cependant, la mise en œuvre effective de ces mécanismes sur un territoire aussi vaste et difficile d’accès que la RDC reste un point d’interrogation majeur pour de nombreux observateurs.

La présence de la RDC à cette tribune de l’UNESCO est symboliquement forte. Elle témoigne d’une volonté affichée de s’inscrire dans l’agenda international et de rendre des comptes sur les Objectifs de développement durable (ODD). Le rapport 2026, axé sur l’accès et l’équité, appelle justement les États à renforcer l’efficacité et la justice dans l’allocation des ressources. Pour un pays comme la RDC, où les besoins sont colossaux, l’optimisation de chaque franc congolais investi dans l’éducation est une question de survie pour le système.

En définitive, le discours de Raïssa Malu à Paris dresse le portrait d’une ambition : construire un système éducatif congolais « inclusif, équitable et résilient ». La gratuité de l’enseignement primaire en est le pilier politique et social. Pourtant, entre la vision présentée dans les capitales étrangères et la réalité des salles de classe surpeuplées de Goma, de Kisangani ou de Mbuji-Mayi, le fossé peut sembler immense. Les prochains rapports de l’UNESCO, sur la qualité des apprentissages (2027) puis sur la pertinence (2028/2029), permettront de juger si les fondations posées par l’accès mènent réellement à un édifice solide. L’enjeu, pour la RDC, n’est pas seulement de scolariser ses enfants, mais de leur offrir une éducation qui leur permette de construire l’avenir du pays.

Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Actualite.cd

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Yvan Ilunga
Yvan Ilunga
Né à Lubumbashi, Yvan Ilunga est un passionné de la richesse culturelle du Congo. Expert en éducation et en musique, il vous plonge au cœur des événements culturels tout en mettant en lumière les initiatives éducatives à travers le pays. Il explore aussi la scène musicale avec une analyse fine des tendances artistiques congolaises, faisant d’Yvan une véritable référence en matière de culture.
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