Et si l’école devenait le rempart contre l’oubli des pires tragédies ? À Kinshasa, ce samedi 9 mai, un atelier inédit de formation des formateurs centraux a posé les premières pierres d’une réponse pédagogique à cette question. Objectif : intégrer le narratif GENOCOST dans les programmes de l’enseignement primaire et secondaire en République démocratique du Congo, afin de nourrir une mémoire collective encore fragile.
Organisée par le ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, avec l’appui de la CIA-VAR et du FONAREV, cette initiative s’inscrit dans une stratégie nationale de plaidoyer international pour la reconnaissance des génocides commis en RDC. Elle fait suite aux résolutions de la table ronde de mars 2025, et répond à une orientation claire du Président Félix Tshisekedi : faire de l’éducation un pilier de la justice transitionnelle.
« La question ne se discute plus. Des génocides ont été commis et il faut désormais que la population en prenne connaissance », a martelé François Kakese, coordonnateur exécutif de la CIA-VAR. Pour lui, la transmission de cette mémoire ne relève pas d’un simple devoir historique, mais d’une garantie de non-répétition. L’intégration du GENOCOST dans les curricula constitue ainsi le volet scientifique d’une stratégie plus large, qui compte également des dimensions politique, diplomatique et judiciaire.
Lors de cet atelier, 25 inspecteurs et experts – désignés comme « noyaux nationaux » – ont entamé un travail de fond pour harmoniser la compréhension du concept de génocide congolais. Leur mission : transformer un récit fait de douleur et de résilience en outils pédagogiques concrets : fiches, modules, guides méthodologiques. « Vous êtes les leviers stratégiques de notre système éducatif », a insisté Théodore Kazadi Muayila, vice-ministre de l’Éducation, représentant la ministre d’État Raïssa Malu. Une deuxième phase, prévue en juin, verra la création de clubs citoyens dans les écoles pour faire des élèves de véritables ambassadeurs de la mémoire nationale.
Mais comment parler du génocide congolais à des enfants sans les traumatiser ? C’est tout le défi de cette formation enseignants GENOCOST. Pour Kevin Ngunga Makiedi, directeur général adjoint du FONAREV, la réponse passe par la « culture de la mémoire » et l’éducation à la paix. « Nous apportons une documentation solide, des faits vérifiables », souligne-t-il, évoquant le travail de terrain mené par son institution. L’enjeu n’est pas seulement de connaître, mais de reconnaître, afin que les jeunes générations puissent affronter l’avenir avec une conscience historique affermie.
Cet atelier Kinshasa s’inscrit dans un contexte de mobilisation sans précédent. Depuis trois ans, la RDC mène une campagne diplomatique pour faire reconnaître le GENOCOST à l’international – du Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève jusqu’à la 80e Assemblée générale des Nations Unies à New York. Une loi de 2022 a d’ailleurs érigé le 2 août en Journée nationale du GENOCOST. Pour le gouvernement, l’école devient ainsi le prolongement naturel de ce combat mémoriel.
La tâche est immense. Pendant dix jours, les formateurs plancheront sur des supports qui toucheront, à terme, des millions d’élèves à travers le pays. Car comme l’a rappelé le vice-ministre Kazadi, « un peuple qui ignore son passé est condamné à le revivre ». En formant les enseignants à porter ce récit douloureux mais essentiel, la RDC fait le pari que la mémoire collective RDC ne se diluera pas dans l’indifférence, mais deviendra le socle d’une citoyenneté nouvelle.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Actualite.cd
