Une mutinerie de détenus militaires a éclaté vendredi 3 juillet à la prison centrale de Kangbayi, à Beni, dans l’est de la République démocratique du Congo. Les incidents, qui ont duré plusieurs heures, ont causé d’importants dégâts matériels et mis en lumière les conditions de détention précaires dans cet établissement surpeuplé. Au cœur de la contestation, une revendication simple mais lourde de conséquences : le paiement des soldes impayées depuis plusieurs mois.
Des revendications salariales à l’origine de la tension
Selon des sources pénitentiaires, les détenus militaires des Forces armées de la RDC (FARDC) réclamaient le paiement de leurs arriérés de solde. Ils estiment avoir droit à leur rémunération tant qu’ils ne sont pas condamnés, un argument qui a cristallisé leur mécontentement. Le mouvement a débuté vers 11h20, lorsque des détenus sont montés sur le toit de la prison pour manifester. Face à cette démonstration de force, les gardes ont effectué des tirs de sommation, avant l’arrivée de renforts militaires et policiers pour rétablir l’ordre. Les autorités pénitentiaires ont toutefois démenti toute tentative d’évasion, cherchant à rassurer sur la maîtrise de la situation.
Des infrastructures endommagées et un système de sécurité hors service
La mutinerie a laissé des traces visibles et coûteuses. Une partie de la toiture et du plafond d’une cellule a été endommagée, des matelas ont été incendiés, et la salle de consultation destinée aux détenus malades a été détruite. Le bureau du directeur a été saccagé, entraînant la destruction de documents administratifs, ce qui complique le fonctionnement quotidien de l’établissement. Sur le plan sécuritaire, les dégâts sont tout aussi préoccupants : cinq caméras de vidéosurveillance, deux écrans de contrôle, sept projecteurs d’éclairage, quatre détecteurs de métaux et un miroir d’inspection des véhicules ont été vandalisés. Le système de vidéosurveillance, installé par la MONUSCO il y a un an et renforcé récemment par une dizaine de caméras, est désormais hors service. Cette perte affaiblit considérablement la capacité de surveillance dans une prison qui accueille des profils sensibles, dont environ 300 membres présumés de groupes armés, notamment des combattants ADF.
Une surpopulation carcérale chronique aux conséquences sanitaires
Construite pour 250 détenus, la prison de Kangbayi en héberge aujourd’hui plus de 2 000, selon les sources. Parmi eux figurent plusieurs centaines de militaires et des détenus de droit commun. Cette surpopulation, régulièrement dénoncée par les organisations de défense des droits humains, aggrave les conditions de détention et favorise la propagation de maladies. Ces dernières alertent sur des conditions jugées précaires et appellent à un désengorgement urgent de l’établissement, afin d’éviter de nouveaux décès en détention. La promiscuité et le manque d’infrastructures sanitaires adéquates transforment la prison en un foyer potentiel d’épidémies, un risque d’autant plus grand que la salle de consultation a été détruite lors de la mutinerie.
Un bilan encore partiel et des mesures attendues
En fin d’après-midi, aucun bilan officiel n’était disponible, l’accès à l’intérieur de la prison restant limité. Les autorités sécuritaires et judiciaires de Beni se sont rendues sur place pour évaluer la situation. Le processus de paiement des soldes se poursuivait samedi, concernant au moins 440 détenus militaires, une mesure qui pourrait apaiser les tensions à court terme. L’évaluation des dégâts continue, tandis que des mesures sont attendues pour rétablir les dispositifs de sécurité endommagés et prévenir de nouveaux incidents. La mutinerie de Kangbayi illustre les défis structurels du système pénitentiaire congolais, où la surpopulation et les retards de paiement créent un terreau fertile pour les crises.
Article Ecrit par Amissi G
Sources: actu30.cd, radiookapi.net
