Une marée humaine a envahi les artères du quartier Révolution, ce lundi matin, à Mbanza-Ngungu. Des centaines d’habitants, munis de banderoles et scandant des slogans hostiles, ont bloqué la circulation pour exprimer leur ras-le-bol face à la Société Nationale d’Électricité (SNEL). La cible de leur colère : une équipe d’inspecteurs dépêchée de Matadi pour une opération de recouvrement forcé et de contrôle des branchements frauduleux. Sauf que, sur le terrain, la méthode a viré à la confrontation, certains dénonçant des traitements brutaux.
La tension couvait depuis des semaines. Selon Willy Makumbani, administrateur du territoire, trois griefs majeurs ont mis le feu aux poudres. D’abord, le recouvrement forcé sans préavis : « Les gens se sont réveillés avec des agents qui exigeaient le paiement immédiat d’arriérés, parfois vieux de plusieurs mois, sans aucun avertissement », explique-t-il. Ensuite, la qualité exécrable du courant, avec des coupures intempestives qui grillent les appareils électroménagers. Enfin, les délestages « exagérés », qui plongent des quartiers entiers dans le noir pendant des heures, paralysant toute activité économique et sociale.
À ces maux s’ajoute une mesure récente, vécue comme une véritable provocation : le « double paiement ». Désormais, les abonnés doivent solder leurs dettes antérieures tout en réglant la facture du mois en cours. Une double peine pour une population déjà exsangue, confrontée à un service qui se dégrade de jour en jour. « Comment voulez-vous qu’on paie pour un courant qu’on ne reçoit presque jamais ? », s’indigne une mère de famille rencontrée dans la foule, préférant taire son nom par crainte de représailles. Cette question, tous se la posent au quartier Révolution comme ailleurs dans la cité.
Devant l’ampleur de la mobilisation, Willy Makumbani a réagi dans l’urgence. Il a convoqué une réunion avec les responsables locaux de la SNEL, l’équipe venue de Matadi, des représentants des manifestants et d’autres autorités. « Nous cherchons une solution pour apaiser les abonnés », a-t-il assuré, tout en appelant au calme. Les discussions, tenues à huis clos, visent à obtenir un moratoire sur le recouvrement forcé et des engagements concrets sur l’amélioration de la desserte en électricité.
En attendant, les manifestants ont accepté de suspendre leur mouvement, mais la trêve reste fragile. « Nous leur laissons une chance, mais si rien ne change, nous reviendrons plus déterminés », prévient un jeune leader du quartier. L’incertitude est d’autant plus grande que le problème dépasse les seuls impayés. Il révèle un mal plus profond : l’incapacité chronique de la SNEL à fournir un service fiable, alors même que les tarifs ne cessent d’augmenter. À Mbanza-Ngungu, comme dans bien d’autres localités du Kongo Central, l’électricité est devenue un luxe, un mirage qui se paie au prix fort sans jamais se matérialiser.
Cette colère populaire met en lumière un sentiment d’abandon et d’injustice sociale. Les coupures à répétition empêchent les petits commerces de prospérer, les élèves de réviser le soir, et les familles de conserver leurs aliments. Dans une ville déjà éprouvée par le chômage, le ras-le-bol contre la SNEL devient le symbole d’un système qui broie les plus vulnérables. Reste à savoir si la réunion d’urgence débouchera sur des actes ou si elle ne fera que repousser l’inévitable explosion.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: actu30.cd
