En ce premier dimanche de juin, alors que le monde célèbre la Journée internationale des parents, la réalité de milliers de pères et mères à Kinshasa s’écrit loin des discours officiels. Ici, dans la tentaculaire capitale congolaise, être parent relève d’un combat quotidien où chaque jour déborde de défis : éduquer, soigner, nourrir et protéger ses enfants dans un contexte économique qui broie les plus fragiles.
Proclamée par l’Assemblée générale des Nations unies en 2012, la Journée mondiale des parents visait à honorer ceux qui bâtissent la première cellule de la société. Mais sur le terrain, les témoignages recueillis par notre rédaction illustrent un quotidien marqué par une fatigue écrasante et des sacrifices permanents. « Lorsqu’on est appelé à être parent, on est obligé de résoudre beaucoup de problèmes à la fois. On doit satisfaire à de nombreux besoins. Tout repose sur les épaules du parent », confie un père de famille rencontré dans une commune populaire. Ses mots, lourds de sens, traduisent l’épuisement d’une génération d’adultes qui jonglent entre plusieurs responsabilités sans filet de sécurité sociale.
Au-delà de la survie matérielle, ces parents kinois insistent sur une mission plus noble : la transmission des valeurs. Dans des foyers où le chômage et la précarité rongent le moral, ils tentent d’inculquer à leurs enfants la droiture, le respect et l’amour de la patrie. « Le conseil que je pourrais donner aux parents, c’est de transmettre les valeurs aux enfants pour qu’ils soient utiles à la société », martèle une mère dont la voix se brise entre détermination et angoisse. Cette quête d’une éducation morale, souvent bafouée par la dureté de la rue, devient un acte de résistance – une manière de préserver l’avenir d’une jeunesse exposée à tous les dangers.
Et si les parents se sacrifient, les enfants ne sont pas insensibles à ces efforts. Écoutons un jeune Kinois, la vingtaine à peine entamée : « Le plus grand sacrifice de mes parents, c’est d’avoir mis leurs propres besoins de côté. Ils m’ont aussi appris à rester digne, même dans les moments les plus difficiles. » Cette reconnaissance filiale, aussi rare que précieuse, révèle en creux l’héroïsme discret de ces pères et mères qui se privent de tout pour offrir un semblant de lendemain à leur progéniture.
Pourtant, derrière ces récits de dévouement se cache une question sociale brûlante : jusqu’à quand la résilience individuelle compensera-t-elle les défaillances de l’État ? Kinshasa, avec ses millions d’habitants, manque cruellement d’infrastructures sanitaires, d’écoles abordables et de dispositifs de protection sociale. Les parents se retrouvent seuls face à l’immensité des besoins, sans reconnaissance autre que celle du cercle familial. Les célébrations internationales comme celle-ci rappellent cruellement le fossé entre les principes et la réalité vécue par les plus modestes.
En cette journée qui leur est consacrée, les parents kinois ne réclament pas de cadeaux, mais une prise de conscience collective. Leurs sacrifices quotidiens de parents méritent mieux que des mots : ils appellent des politiques publiques audacieuses, un accès équitable à l’éducation et des filets de sécurité pour que l’acte de donner la vie ne devienne pas un fardeau insurmontable. Car à Kinshasa, être parent, c’est aimer sans compter, mais aussi se battre sans relâche, souvent dans le silence assourdissant de l’indifférence générale.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
