Le coup de semonce est tombé tel un couperet sur le petit monde feutré du commerce de détail en République démocratique du Congo. Désormais, aucun investisseur étranger ne pourra plus se prévaloir de la moindre activité de négoce au détail sur le sol congolais sans brandir le précieux sésame : l’avis de non objection. Une obligation administrative qui, en vérité, n’a rien d’une simple formalité. Elle redessine la carte des forces en présence et réveille de vieux démons protectionnistes dans un marché où les échoppes des opérateurs étrangers Congo sont souvent accusées d’écraser la concurrence locale.
Le ministère de l’Économie nationale, par une directive ferme, a donc décidé de transformer ce document en véritable clé de voûte de la régulation commerce étranger. Finie l’époque où l’ANO économie nationale se négociait discrètement dans l’antichambre des bureaux. Le texte officiel, rendu public, le martèle avec une précision chirurgicale : l’obtention de l’avis de non-objection est désormais « obligatoire et préalable » à toute exploitation. Une manière habile de rappeler que le libéralisme économique ambiant n’est pas une jungle sans foi ni loi, mais un espace où la loi républicaine a son mot à dire.
Mais quelles sont précisément les activités visées ? Le ministère dresse une liste de dix secteurs stratégiques, véritable baromètre de la consommation quotidienne des Congolais, qui devront impérativement se plier à cette nouvelle donne. On y retrouve la grande distribution, avec ses supermarchés et hypermarchés tentaculaires, mais aussi l’hôtellerie et la restauration, secteur Horeca ô combien disputé. Le divertissement, l’automobile, la santé avec les pharmacies, l’électronique et l’électroménager, la logistique, la bijouterie de luxe, les articles de sport et de librairie, et jusqu’aux stations-services, maillons vitaux de l’approvisionnement énergétique. Autant de pans entiers du commerce détail RDC qui, des millions de fois par jour, font tinter les tiroirs-caisses et brassent des milliards de francs congolais. Une manne sur laquelle l’État entend désormais poser un regard plus scrutateur.
Face à l’ampleur de la tâche, la question de la transparence se pose inévitablement. Comment éviter que cette exigence ne se transforme en une nouvelle source de tracasseries administratives et, pire, de corruption endémique ? La réponse des autorités est numérique. Toutes les demandes devront transiter exclusivement par la plateforme en ligne dédiée, accessible à l’adresse www.economie.gouv.cd/ano. Un canal unique qui, en théorie, coupe l’herbe sous le pied des intermédiaires véreux et des « facilitateurs » de l’ombre. La dématérialisation est ici brandie comme un bouclier contre l’opacité, une promesse de célérité et de traçabilité qui, si elle est tenue, pourrait bien changer la donne.
Ce virage protectionniste n’est pas né du néant. Il répond à un plaidoyer vieux comme les réformes économiques du pays, porté par les petits commerçants et les classes moyennes congolaises qui se sentaient marginalisées dans leur propre maison. En resserrant les mailles du filet autour de l’avis non objection, l’État ne fait pas que protéger le tissu entrepreneurial local ; il affirme aussi sa souveraineté économique. L’équité sur le marché national, la traçabilité fiscale absolue, la lutte contre la concurrence déloyale : les arguments officiels résonnent comme un manifeste pour un capitalisme plus ordonné.
Reste une interrogation prospective : cette mesure, aussi louable soit-elle sur le papier, parviendra-t-elle à ne pas étouffer les investissements dont le pays a cruellement besoin ? Car à trop vouloir contrôler la vague, on risque de briser l’élan. Les prochains mois diront si l’ANO se mue en un simple laissez-passer administratif ou s’il devient, pour le meilleur, le garde-fou d’une économie nationale enfin maîtresse de ses échanges. Une chose est sûre : les opérateurs étrangers Congo n’ont plus le choix qu’entre s’adapter ou disparaître des rayons.
Article Ecrit par Amissi G
Source: mediacongo.net
