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Djugu : 23% d’absence à l’Examen d’État, un rattrapage demandé

Dans la province de l’Ituri, l’éducation continue d’être la grande sacrifiée de l’insécurité. Le territoire de Djugu, en proie à des violences récurrentes, vient d’en fournir une preuve dramatique : près d’un quart des candidats inscrits aux épreuves hors session de l’Examen d’État ne se sont pas présentés. Un chiffre qui soulève une question cruciale : jusqu’à quand les conflits armés hypothéqueront-ils l’avenir de la jeunesse congolaise ?

C’est le directeur de la province éducationnelle Ituri 1, Yvon Muke Abwaseh, qui a rendu publics ces résultats ce lundi 11 mai 2026, tout en soulignant que, dans l’ensemble, l’organisation des épreuves s’est déroulée dans des conditions acceptables. Mais derrière ce constat général, les disparités territoriales sont criantes. Le taux d’absentéisme moyen pour toute la province s’établit à 6 %. Pourtant, dans certaines zones marquées par l’insécurité, la déperdition scolaire Ituri atteint des proportions alarmantes.

À Djugu 1, ce sont 23 % des finalistes qui ont manqué à l’appel. Un véritable saignée pour une jeunesse déjà fragilisée par des années de déplacements et de peur. La seule explication de cette hémorragie, selon les autorités éducatives, réside dans l’insécurité Djugu : les attaques des groupes armés obligent des familles entières à fuir, privant les élèves de leurs centres d’examen et brisant leurs rêves de diplôme.

D’autres localités ne sont pas épargnées. Dans l’Irumu 3, autour de Gety, 10 % des candidats n’ont pu composer. À Komanda, qui dépend d’Irumu 1, la déperdition atteint 9 %. Ces taux, bien supérieurs à la moyenne provinciale, traduisent une fracture éducative qui s’aggrave à mesure que les foyers de violence se multiplient. « Les gens se sont déplacés fuyant l’insécurité. C’est ce qui a fait que certains enfants ne se sont pas présentés », a résumé le directeur provincial, reflétant l’impuissance des acteurs de l’éducation face à une réalité qui les dépasse.

L’organisation matérielle de l’Examen d’État RDC a elle-même dû s’adapter à ce climat. Si 55 centres ont pu fonctionner comme prévu, celui de Nizi a dû être transféré en urgence à Bunia pour garantir la sécurité des candidats et des surveillants. Un symbole de la résilience d’un système éducatif qui plie mais ne rompt pas, tout en rappelant l’extrême précarité dans laquelle évoluent des milliers d’élèves.

Face à ce gâchis, les parents d’élèves ne restent pas silencieux. Leur demande est claire : l’organisation d’une session spéciale de rattrapage examen pour les finalistes qui n’ont pu se présenter. « Nous allons nous adresser à la hiérarchie pour voir dans quelle mesure on peut, ou ne pas, organiser cette épreuve-là. Ce que nous pouvons faire, c’est de présenter les problèmes », a déclaré Yvon Muke Abwaseh. Une prudence administrative qui ne masque pas l’urgence humanitaire derrière ces statistiques : chaque élève absent est une histoire, un potentiel sacrifié sur l’autel des conflits.

En attendant une éventuelle décision venue de Kinshasa, les autorités scolaires multiplient les appels : les élèves déplacés sont invités à rallier les centres d’examen les plus proches de leurs lieux de refuge pour ne pas manquer les épreuves préliminaires et la session ordinaire. Une course contre la montre qui dit à elle seule l’impératif de ne laisser personne sur le bord du chemin, dans un pays où l’éducation demeure le plus puissant antidote contre la violence.

Avec un taux absentéisme frôlant le quart des effectifs dans une zone aussi sensible que Djugu, c’est bien toute une région qui risque de voir sa relève éducative amputée. L’Examen d’État, rite de passage vers l’enseignement supérieur ou la vie professionnelle, ne devrait pas devenir un luxe réservé aux enfants épargnés par les balles. La réponse des autorités à la demande de rattrapage sera donc scrutée avec attention, tant elle conditionnera la foi des populations dans la capacité de l’État à protéger l’école jusque dans ses derniers retranchements.

Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: radiookapi.net

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Yvan Ilunga
Yvan Ilunga
Né à Lubumbashi, Yvan Ilunga est un passionné de la richesse culturelle du Congo. Expert en éducation et en musique, il vous plonge au cœur des événements culturels tout en mettant en lumière les initiatives éducatives à travers le pays. Il explore aussi la scène musicale avec une analyse fine des tendances artistiques congolaises, faisant d’Yvan une véritable référence en matière de culture.
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