Le gouverneur du Kasaï-Oriental, Jean-Paul Mbwebwa Kapo, a officiellement remodelé son gouvernement provincial. Ce réaménagement, intervenu dans un contexte politique local en perpétuelle recomposition, a vu l’entrée de deux nouvelles figures, dont celle de Nanan Babu Mukendi, propulsée à la tête d’un portefeuille aussi inattendu que symbolique : le ministère provincial du Genre, Famille, Enfants et, simultanément, des Mines. Un mariage de compétences qui, pour beaucoup, relève d’un pari osé, voire d’une énigme administrative.
L’arrêté de nomination, rendu public ce vendredi, détaille une équipe où continuité et rupture se côtoient. Chantal Mulanga Kasanda conserve ainsi son fauteuil de l’Environnement, Agriculture et Développement rural, secteur névralgique dans cette province aux potentialités agro-pastorales immenses. Plusieurs autres ministres ont été reconduits, signe que le chef de l’exécutif souhaite préserver certains équilibres tout en injectant du sang neuf. Mais c’est bien l’attelage inédit du genre et des mines qui retient toute l’attention des observateurs.
Le Kasaï-Oriental, terre de diamants et de minerais stratégiques, n’est pas étranger aux enjeux extractifs. Pourtant, jamais un gouvernement provincial n’avait osé juxtaposer de manière aussi frontale la cause féminine et les réalités rugueuses de l’exploitation minière. « C’est un signal puissant, confie un analyste politique sous couvert d’anonymat. Il s’agit peut-être de montrer que les préoccupations sociales et environnementales doivent infuser le secteur minier, ou, à l’inverse, de diluer la visibilité d’un portefeuille minier politiquement sensible en le noyant dans des compétences plus consensuelles. » L’ironie est palpable : comment la nouvelle ministre Nanan Babu Mukendi pourra-t-elle à la fois défendre le droit des femmes et négocier avec les opérateurs miniers, souvent accusés de bafouer ces mêmes droits ?
En coulisses, ce remaniement gouvernemental au Kasaï-Oriental traduirait surtout une manœuvre d’équilibriste de Jean-Paul Mbwebwa Kapo. Selon plusieurs sources proches de l’exécutif, le gouverneur aurait besoin de consolider sa majorité au sein de l’assemblée provinciale, où certaines factions s’impatientent. L’entrée de Nanan Babu Mukendi, réputée proche d’un influent leader communautaire, pourrait apaiser des tensions latentes. De son côté, le maintien de Chantal Mulanga Kasanda rassure les bailleurs de fonds impliqués dans des programmes agricoles et environnementaux. « Le gouverneur joue une partition délicate, entre promesses électorales, pressions des multinationales et attentes sociales », résume un élu provincial.
La nouvelle ministre, désormais en charge du ministère provincial du Genre et des Mines, hérite d’un fardeau institutionnel complexe. Les défis ne manquent pas : renforcer l’autonomisation des femmes tout en supervisant les contrats miniers artisanaux, lutter contre les violences basées sur le genre sans froisser des opérateurs économiques puissants, faire respecter le code minier tout en promouvant l’égalité. L’équation semble insoluble, mais elle illustre une tendance observable dans d’autres provinces congolaises : l’absorption des portefeuilles techniques par des ministères à vocation sociale, souvent par manque de moyens ou par calcul politique.
À l’heure où la République démocratique du Congo cherche à attirer des investissements responsables, ce remaniement au Kasaï-Oriental pourrait-il préfigurer une nouvelle gouvernance des ressources ? Rien n’est moins sûr. L’histoire récente de la province montre que les portefeuilles miniers restent souvent des coquilles vides, privées de réels leviers face aux intérêts privés. La fusion avec le genre semble ainsi moins une révolution qu’une façon habile de déminer un secteur à haut risque médiatique. Pourtant, si Nanan Babu Mukendi parvient à imposer une approche intégrée, alliant transparence minière et justice sociale, le gouverneur Mbwebwa Kapo pourrait marquer des points sur le plan national.
En attendant, les regards se tournent vers le prochain conseil des ministres provincial. Les prochaines nominations au sein des cabinets ministériels et les premières mesures de Nanan Babu Mukendi donneront le ton. Entre cynisme et espoir, le Kasaï-Oriental s’installe dans une séquence politique où le genre et les mines devront apprendre à cohabiter, sous l’œil critique d’une population lassée des promesses non tenues. Le gouverneur, lui, mise sur ce remaniement pour durer, mais l’échec pourrait fragiliser son édifice politique. L’avenir nous dira si cet attelage improbable tient la route.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
