L’onde de choc ne cesse de s’étendre au sein de la classe politique congolaise. Depuis que le président Félix Tshisekedi a publiquement évoqué, le 6 mai dernier, la possibilité de briguer un troisième mandat « si le peuple le lui demande », la polémique enfle, ravivant les plaies d’une histoire constitutionnelle douloureuse et exposant les fragiles équilibres nationaux.
Le 8 mai, riposte cinglante de Martin Fayulu. Le leader de l’ECIDé, candidat malheureux à la magistrature suprême, a livré une analyse au vitriol, accusant le chef de l’État d’une collusion tacite avec le Rwanda de Paul Kagame. « J’ai l’impression que Tshisekedi et Kagame se jouent des Congolais, et qu’ils sont en parfaite entente », a-t-il tonné, évoquant un partage cynique des bénéfices du chaos à l’Est : « Kagame continue d’exporter l’or congolais et de percevoir les taxes de Goma, tandis que Tshisekedi gère l’autre partie. Ils se sont mis d’accord. » Une déclaration explosive qui transforme le débat sur le troisième mandat en une affaire de haute trahison contre la souveraineté nationale.
L’accusation n’est pas un simple éclat de tribune. Elle fait écho aux réactions de l’opposition RDC et aux mises en garde solennelles d’Ensemble pour la République, la formation de Moïse Katumbi. Dans un communiqué au vitriol, le parti estime que s’engager à modifier la Constitution pour s’octroyer un nouveau bail à la tête de l’État équivaut à « fouler au pied son serment solennel » et expose le président à des poursuites pour haute trahison, prévues par les articles 164 et 165 de la Loi fondamentale. Le parallèle dressé avec les réformes judiciaires exigées par Washington est tout aussi mordant : « Prétendre qu’il faut changer la loi fondamentale pour signer des contrats miniers est un aveu de haute trahison », insiste le texte, rappelant que la stabilité du Code minier est le véritable aimant des investisseurs internationaux.
Cette levée de boucliers réveille un fantôme que la majorité espérait conjuré : le « logiciel Kabila » de 2015. AfricaNews le souligne avec une ironie grinçante. À l’époque déjà, le pouvoir traitait l’opposition de « ya pete » — une opposition faible — avant d’être brutalement rattrapé par la rue. Le 19 janvier 2015, Kinshasa, Goma, Bukavu et Lubumbashi s’enflammaient pour faire dérailler le « glissement » électoral. Aujourd’hui, les acteurs ont changé de siège, mais le script est identique : minimiser l’adversaire, tester le terrain constitutionnel et, in fine, tenter de faire sauter le verrou de la limitation des mandats par voie référendaire, une modification de la constitution RDC qui se profile dangereusement.
Le contexte est d’autant plus inflammable que le président conditionne désormais la tenue des échéances de 2028 à la fin de la guerre à l’Est. Une « conditionnalité » qui, relevée par La Tempête des Tropiques, fait redouter à une partie de l’opinion un glissement programmé au nom de la sécurité nationale. Econews, de son côté, pointe le paradoxe d’un Tshisekedi qui, après avoir pourfendu les « candidats de l’étranger » en 2023, justifie aujourd’hui cette modification constitutionnelle par un partenariat avec les États-Unis. « De la Constitution des étrangers à une constitution dictée par le deal américain, le dilemme est total », ironise le journal.
La manœuvre est limpide : à mesure que l’opposition se déchire, l’UDPS se convainc de sa force pour imposer un référendum constitutionnel, voire un troisième mandat pour Félix Tshisekedi. Mais le précédent de 2015 murmure un avertissement glaçant. Une rue à bout de patience n’a guère besoin de leaders pour mordre. Alors que la session parlementaire de septembre s’annonce brûlante, la majorité présidentielle joue avec le feu. Et le peuple, lui, observe en silence — pour l’instant.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
