Depuis quatre ans, le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC) traverse une crise budgétaire d’une gravité inédite. Ce qui ressemblait initialement à un simple retard de trésorerie s’est mué en une asphyxie financière méthodique, cyclique et délibérément entretenue. Selon plusieurs sources internes, l’institution n’aurait perçu aucun fonds de fonctionnement depuis le début de l’exercice en cours. Pas un franc congolais. Une situation ahurissante pour le régulateur des médias de la République démocratique du Congo, pourtant défini comme une « institution d’appui à la démocratie » par la Constitution.
Le scénario est désormais bien connu des observateurs de la vie publique congolaise : le CSAC manque de moyens, ses activités se paralysent, une mobilisation médiatique éphémère s’organise, puis quelques mois de fonctionnement sont débloqués dans l’urgence, avant que l’abandon ne reprenne de plus belle. Ce cycle infernal épuise les agents, humilie ses membres et vide progressivement l’institution de sa substance. La crise budgétaire CSAC n’est plus un accident : elle est devenue un mode de gouvernance par l’asphyxie.
Comment, dès lors, réguler un paysage médiatique explosif sans moyens logistiques minimaux ? Comment assurer le monitoring des médias, organiser des réunions statutaires, instruire des plaintes, déployer des équipes techniques sur le terrain ou produire des rapports crédibles ? Ces questions, que se posent les professionnels du secteur, révèlent une contradiction flagrante : l’État proclame son attachement à la liberté de la presse et à la lutte contre les discours de haine, mais laisse le principal organe de surveillance médiatique dans un dénuement chronique. Le régulateur médias RDC, censé être le garant de l’équilibre informationnel, se trouve réduit à un rôle décoratif.
Il serait naïf de ne voir dans cette précarité qu’une simple lenteur administrative. L’asphyxie financière CSAC est une technique d’affaiblissement institutionnel qui ne dit pas son nom. Elle ne supprime pas formellement l’organe, elle le vide de sa capacité d’action. Elle maintient l’apparence d’un contre-pouvoir tout en le rendant inoffensif. « Un CSAC sans moyens devient un CSAC contrôlable », confie un analyste politique sous le couvert de l’anonymat. Et un régulateur contrôlable cesse d’être un contre-pouvoir, clé de voûte de toute démocratie RDC digne de ce nom.
La question se pose avec acuité : à qui profite l’étranglement budgétaire du CSAC ? Dans un contexte préélectoral où la bataille de l’information fait rage, un régulateur faible est une aubaine pour ceux qui entendent manipuler l’opinion sans entraves. Les fausses informations, les discours incendiaires et la désinformation prospèrent sur le terreau de l’impunité médiatique. Priver le CSAC de ses moyens, c’est sciemment désarmer l’arbitre juste avant le match. Le Gouvernement, le Parlement et la Présidence de la République ne peuvent plus feindre la surprise : après quatre années d’asphyxie, leurs responsabilités sont engagées.
Le CSAC n’a que faire des compassions tardives. Il exige le respect de son rang constitutionnel : un financement régulier, prévisible et conforme à la loi des finances. La démocratie congolaise ne survivra pas à un régulateur médiatique exsangue. Car une démocratie qui affame son gendarme de l’information prépare elle-même le désordre de son espace public. Le temps des déclarations est révolu ; celui des actes budgétaires doit commencer.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net
