La déclaration du président Félix Tshisekedi, évoquant la possibilité d’un troisième mandat « si le peuple le lui demande », a propulsé la République démocratique du Congo dans une zone de turbulences politiques extrêmes. Loin d’apaiser les tensions, cette sortie médiatique a immédiatement fracturé un peu plus l’espace public, offrant à une opposition en ébullition l’occasion d’un croisement de fer contre ce qu’elle qualifie désormais de dérive autoritaire annoncée.
Au cœur de la tempête, Martin Fayulu a, lors d’une conférence de presse à Kinshasa, dégainé une accusation aussi grave que symbolique : pour lui, le chef de l’État et Paul Kagame se livreraient à une mascarade mutuellement profitable. « J’ai l’impression que Tshisekedi et Kagame se jouent des Congolais, et qu’ils sont en parfaite entente », a-t-il lancé, reliant l’exploitation illicite des ressources de l’Est à un hypothétique pacte de non-agression politique. Une attaque frontale qui transforme le débat constitutionnel en procès en légitimité.
La riposte du camp Katumbi n’a pas été moins cinglante. Par la voix d’Ensemble pour la République, l’opposant évoque rien moins que le spectre de la haute trahison. Selon un communiqué au vitriol, Félix Tshisekedi se rendrait passible de poursuites pour avoir foulé au pied son serment constitutionnel. « En s’engageant à fouler au pied son serment solennel, prêté devant Dieu et la nation, le Président Tshisekedi se rend coupable des poursuites conformément aux dispositions des articles 164 et 165 de notre Loi fondamentale », a martelé le parti. L’infraction de haute trahison, seule voie pénale contre un président en exercice, surgit ainsi brutalement dans le débat, lestant d’un poids juridique inédit la controverse sur une révision de la constitution RDC 2028.
Ce front uni de l’opposition masque pourtant une mécanique bien huilée du côté du pouvoir. À l’UDPS, on assume le diagnostic d’une « opposition ya pete » – une opposition faible, fragmentée – pour tester les digues institutionnelles. Le logiciel est connu, il a déjà tourné sous Joseph Kabila. En 2015, le pouvoir surestimait sa mainmise sur la rue, avant que le « glissement » électoral ne déclenche des journées de paralysie nationale sanglantes. L’histoire semble bégayer : là où Kabila tentait de lier loi électorale et recensement pour repousser l’échéance, Tshisekedi conditionne aujourd’hui la présidentielle de 2028 à la fin de la guerre à l’Est. Une conditionnalité que beaucoup perçoivent comme le cheval de Troie d’un nouveau glissement programmé.
Les réactions de l’opposition à Tshisekedi se cristallisent ainsi autour d’une question lancinante : le troisième mandat deviendra-t-il l’erreur fatale d’un régime qui promettait la rupture ? Les alliances se redessinent dans l’urgence. Fayulu, Katumbi et d’autres figures jadis divisées trouvent dans cette séquence un ciment inespéré. Le Palais de la Nation, lui, invoque la souveraineté du peuple via un référendum, mais sans jamais dissiper l’odeur de forçage. Que pèseront les mises en garde d’Ensemble, les invectives de Fayulu, face à un appareil d’État qui croit pouvoir domestiquer la colère en la niant ?
Les prochains mois diront si la rue, cette fois encore, se chargera de rappeler que le mépris est le plus mauvais des calculateurs politiques. La constitution RDC 2028 n’a jamais été aussi fragile, et l’Accord de Washington, brandi comme un bouclier par l’opposition, pourrait se révéler une carte maîtresse dans un bras de fer qui ne fait que commencer.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
