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Tshisekedi, troisième mandat : et si l’histoire bégayait ?

La mise en scène était soignée. Depuis la Cité de l’Union africaine, Félix Tshisekedi a lâché une petite phrase aux allures de ballon d’essai : il pourrait briguer un troisième mandat « si le peuple le lui demande ». Une déclaration qui, en quelques heures, a fait l’effet d’une déflagration sur l’échiquier politique congolais. L’opposition, que le parti présidentiel qualifie volontiers de « pete » (faible), n’a pas tardé à rappeler qu’elle savait mordre. Et si l’histoire bégayait ?

La réaction la plus cinglante est venue de Martin Fayulu. Le leader de l’ECIDé, lors d’une conférence de presse à Kinshasa le 8 mai 2026, a dressé un parallèle audacieux entre le chef de l’État congolais et son homologue rwandais. « J’ai l’impression que Monsieur Félix Tshisekedi et Monsieur Paul Kagame se jouent des Congolais, ils sont en entente parfaite », a-t-il accusé, estimant que la guerre à l’Est profite aux deux dirigeants. Pour Fayulu, le changement constitutionnel en RDC n’est qu’une manœuvre pour se maintenir au pouvoir, quitte à emprunter la voie référendaire. Cette sortie musclée a immédiatement enflammé le débat politique congolais, déjà chauffé à blanc par les rumeurs de troisième mandat.

Mais au-delà des joutes verbales, un précédent inquiétant refait surface. En 2015, Joseph Kabila, alors maître du jeu, avait tenté de lier la tenue des élections à un recensement administratif, un habillage technique pour repousser le scrutin. Le pays s’était figé. Kinshasa, Goma, Bukavu, Lubumbashi s’étaient embrasées. Le « glissement » avait déraillé face à une rue en colère, menée par une opposition que le pouvoir jugeait « pete ». Dix ans plus tard, l’UDPS, aujourd’hui aux manettes, semble ressortir le même logiciel. Minimiser l’adversaire, tâter le terrain, forcer la serrure constitutionnelle. La tentation du passage en force est manifeste. Le parallèle fait froid dans le dos.

L’offensive juridique n’a pas tardé. Le parti Ensemble pour la République de Moïse Katumbi a évoqué la haute trahison. Dans un communiqué, il rappelle que le président s’est engagé, devant Dieu et la nation, à défendre la Constitution, et que toute velléité de la modifier pour des intérêts personnels constitue une violation de son serment. « Prétendre qu’il faut changer la loi fondamentale pour signer des contrats miniers est un aveu de haute trahison », assène Ensemble, qui voit dans l’Accord de Washington un alibi plutôt qu’une nécessité. La ficelle est grosse : adapter la loi aux intérêts partisans. L’opposition congolaise, bien que fragmentée, se retrouve soudainement unie sur un mot d’ordre : barrer la route à toute dérive monarchique.

Le président Tshisekedi a pourtant élargi le débat. Il lie désormais l’organisation des élections de 2028 à la fin du conflit à l’Est, laissant planer le spectre d’un glissement « au nom de la sécurité nationale ». Une conditionnalité qui, selon plusieurs analystes, ressemble à une bombe à retardement. Déjà, des voix s’élèvent pour dénoncer un cynisme politique : après avoir fustigé en 2023 une « Constitution des étrangers », le voilà qui en appelle à un partenariat américain pour justifier une refonte. Dilemme ou stratagème ?

La rue, elle, se souvient. Les images de janvier 2015 hantent encore les esprits. À l’époque, l’opposition clairsemée avait réussi à paralyser le pays. Aujourd’hui, la majorité présidentielle croit tenir une opposition « ya pete », mais l’histoire enseigne que les peuples à bout n’ont pas besoin de leaders pour rugir. Le chef de l’État joue gros avec cette réforme, dont l’échec pourrait fragiliser durablement sa majorité parlementaire. Un troisième mandat pour Tshisekedi ? La question n’est plus taboue, elle est explosive. Et si le film de 2015 venait à se répéter, le générique de fin pourrait être bien amer.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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