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Insalubrité à Kinshasa : Daniel Bumba sonne l’alarme à Bumbu

« On nettoie, et le lendemain, c’est comme si on n’avait rien fait. » La lassitude perce dans la voix de Mama Sophie, commerçante depuis vingt ans le long de la rue Mata Pole, dans la commune de Bumbu. Son constat est amer et résume un combat quotidien contre des monceaux de déchets qui réapparaissent comme par magie. C’est dans ce décor, entre routes réhabilitées et caniveaux obstrués, que le gouverneur de la ville de Kinshasa, Daniel Bumba, a choisi de poser un diagnostic sans concession ce dimanche. Son message, adressé aux habitants et notables, est clair : la propreté urbaine ne sera pas l’affaire des seules autorités.

Le déplacement dans la commune de Bumbu n’était pas une simple formalité. Il s’agissait d’une plongée au cœur d’une contradiction kinoise criante. D’un côté, les efforts visibles de la province pour moderniser les infrastructures, avec la réhabilitation de certaines artères. De l’autre, une réalité tenace qui voit ces mêmes infrastructures menacées par des gestes du quotidien : le sac poubelle jeté depuis une fenêtre, les eaux usées déversées dans la rue, les déchets ménagers abandonnés au coin d’une borne-fontaine. Comment expliquer ce fossé entre les investissements publics et les habitudes citoyennes ? La question, lancinante, était au centre des échanges.

Face à ce tableau, Daniel Bumba a mis les pieds dans le plat. Pas de grandes déclarations technocratiques, mais un appel direct à la responsabilité collective. « Les belles routes que nous construisons, si nous les salissons aussitôt, à quoi bon ? », a-t-il lancé, pointant du doigt l’absurdité d’une situation où les travaux d’assainissement sont compromis avant même d’être achevés. L’enjeu dépasse la simple esthétique. L’insalubrité à Kinshasa est un poison à action lente : elle obstrue les drains, favorise les inondations pendant la saison des pluies, et devient un terreau fertile pour les maladies hydriques, faisant peser une menace directe sur la santé publique.

Mais au-delà du constat, le gouverneur a surtout esquissé une piste de sortie. Il a remis à l’honneur une institution quelque peu oubliée : le Salongo. Présenté non pas comme une corvée imposée, mais comme un rendez-vous civique hebdomadaire, le Salongo est envisagé comme le ciment d’une nouvelle culture de la propreté. L’idée est simple, presque révolutionnaire dans sa simplicité : consacrer quelques heures par semaine, ensemble, à entretenir son environnement immédiat. « C’est en prenant soin de notre rue, de notre quartier, que nous reprendrons possession de notre ville », a-t-il plaidé. Cette approche vise à créer un réflexe communautaire, à faire de la propreté urbaine une affaire de voisinage et de fierté retrouvée.

Cette démarche s’inscrit dans la droite ligne de la vision du président Félix Tshisekedi pour une capitale modernisée. Pourtant, sur le terrain de Bumbu et d’ailleurs, le chantier est immense. Car il ne s’agit pas seulement de balayer, mais de changer des mentalités ancrées depuis des décennies. Le manque chronique de poubelles publiques, la fréquence irrégulière des collectes par la REGIDESO, sont souvent invoqués par les habitants pour justifier les mauvais gestes. Un jeune rencontré près du marché avoue, gêné : « On sait que ce n’est pas bien, mais quand le camion ne passe pas pendant des semaines, que faire ? On finit par jeter là où on peut. » Ce témoignage met le doigt sur un autre aspect du problème : la responsabilité est partagée. Les autorités doivent fournir les moyens logistiques, et les citoyens doivent, en attendant, adopter des solutions alternatives.

Alors, la lutte contre l’insalubrité à Kinshasa est-elle une mission impossible ? L’intervention de Daniel Bumba à Bumbu a le mérite de poser les termes d’un nouveau contrat social. Un contrat où la province construit et entretient les grandes infrastructures, et où les Kinois, à travers le Salongo et un changement de comportement au quotidien, deviennent les gardiens de leur cadre de vie. L’appel est lancé. Reste à voir s’il sera entendu, ou s’il se perdra dans le brouhaha de la capitale et le grincement des charrettes à ordures improvisées. L’avenir de la propreté urbaine se joue maintenant, au coin de chaque rue, dans chaque geste retenu ou posé. La balle est désormais dans le camp de tous.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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